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Lundi, 6 janvier 1879
Il y a une petite émeute à l’atelier. J’ai fait Cassagnac comme d’habitude dans ces occasions et comme ces femmes-là ne sont pas habituées à des discours, elles sont restées à court. Ah ! Breslau est bien fâchée à présent de m’avoir négligée. Amélie, la féroce, Amélie la gourmande et l’autre se tait.
Je me suis promenée avec Mme Gavini. Cette lucarne ouverte sur le monde m’énerve plus qu’on peut dire. En rentrant seule, vers cinq heures il faisait noir, j’ai pleuré dans la voiture. Non voyez-vous, je ne suis pas capable de me faire pour rien qu’avec de la chance comme celles... qui l’ont pû. Je ne sais ni quoi ni comment faire ! Je n’ai pas cet esprit-là !... et tous les autres vont s’en aller faute de celui-là. Mme Gavini était hier chez la princesse Mathilde qui reçoit tout ce qui est élégant et intelligent et artiste. C’est une petite cour. J’avais une belle voix qui pouvait m’ouvrir bien des portes, une chanteuse de salons avec une voix pareille serait un trésor... Mais je n’ai plus cette voix, je n’ai rien qu’une souffrance basse, humiliante, à nulle autre pareille.
Je vais faire une complainte comme celle d’Audiffret. La Robinson... elle n’est pas mariée, elle a trente ans, à ce qu’on dit, mais elle s’est amusée elle, elle a dansé, elle a vu le monde.
Mais est-il vraiment possible que Dieu soit sourd ! Dieu de la clémence, de la bonté, de la miséricorde... pour moi il faut dire misère et corde1 comme pour le Surprenant. Je suis lasse, lasse, j’en ai assez ! Je ne sais ce qui me retient d’aller me jeter du haut de l’Arc de Triomphe ! C’est que je veux laisser ma statue et si je prends ce délai je n’aurai peut-être plus le courage.
Comment sont arrivées tant de femmes ?! Parbleu c’est clair; ce sont celles qui n’avaient rien à perdre, alors c’est aisé ! Mais moi j’ai juste assez de bagage pour qu’il me cloue à ma place.
Les élections sénatoriales ont été bonnes, républicaines. Le Gers seul s’est mal conduit, ce qui me fait craindre un succès pour Cassagnac... A propos, non, si cela continu je vous le dirai après.
Poznámky
Marie splits miséricorde (mercy) into misère et corde, «misery and rope», the rope of the hanged. ↩