Dimanche, 5 janvier 1879

Nous avons quitté notre appartement et nous logeons dans deux chambres au troisième étage au-dessus de l’entresol que nous occupions avant l’appartement de l’avenue de l’Alma, c’est-à-dire au 71 des Champs-Elysées. Il faut quinze ou vingt jours avant que notre appartement de l’avenue Montaigne soit prêt.
C’est demain la Noël russe, je vais ouvrir au hasard l’Evangile pour voir ce qui m’arrivera: .. la luce della vita (3 Giovani VIII).. Je m’en tiens là. Je mettrai un peigne sous l’oreiller.
J’allais me plaindre, mais je me suis souvenue de mon arrangement [Comme pis aller, épouser un prince italien pauvre mais commode (voir le 29.12 1878),. Tout de même, en être réduite là, c’est raide vous en conviendrez. Oh ! quoi qu’on dise cela ne s’est jamais vu qu’on rêve sans voir personne ! C’est la mort. Est-ce ma faute...
De cette manière il se passe des mois sans que je reçoive un seul hommage. Ce n’est pas leur faute à ces pauvres hommes. Je vis comme une Russe du Moyen Age. Oh ! écoutez par moments toute ma philosophie s’en va, tous mes arrangements, l’article 140 même, pâlissent et je suis révoltée, découragée, morte.
Etre tout près de tout, au centre de l’élégance, des arts, de l’esprit, du monde, et... n’être qu’à côté !!

Poznámky

«La luce della vita», the light of life (John 8:12), in Marie's Italian Gospel. On the eve of the Russian Christmas she opens it at random to read her future. ↩