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Dimanche 21 avril 1878 - Pâques
J’ai communié en noir et en chapeau et contraire aux usages et à mes habitudes. Je me suis approchée en tremblant et en répétant les paroles du prêtre lorsqu’il dit : je crois aussi que ceci est la chair même et le sang même de Notre Seigneur Jésus Christ, ce que je n’avais jamais fait parce que je n’y croyais pas, je croyais que ceci était le vin et le pain qui représentent le sang et la chair. Je l’ai balbutié et je l’ai cru et au moment solennel (et avant et après et tout le temps) j’ai demandé ce que j’avais à demander. Je crois même que c’est pour mieux mériter que j’ai cru.Multedo est venu à deux heures, nous sommes restés seuls plusieurs fois, il m’a fait une déclaration d’amour asez sérieuse. Ces choses-là troublent quand même, et lorsqu’il m’eût dit: Mais vous ne savez donc pas que je vous aime ! Que je vous aime de toute mon âme ! J’ai ressenti un de ces troubles que je prenais jadis pour de l’amour ! Mais, lui dis-je, je crois que vous ne seriez pas le seul si c’était vrai. Si c’était vrai ! vous le savez bien, comment pouvez-vous- ne pas y croire !
Il me saisit la main et la baisa avec passion.
Monsieur, dis-je en rougissant et en retirant ma main, n’avez-vous pas honte de me faire rougir. Pour un bonapartiste vous êtes vraiment mal élevé car je ne crois pas que ce soit la manière de se conduire avec une demoiselle en France.
Puis il passa dix minutes à me supplier de lui donner ma main mais je ne la lui ai pas donnée en gardant un air sérieux qui cachait une émotion réelle.
Vous l’avez volée !
Faites que je l’aie avec votre consentement ! ...
Jamais.
Mais vous ne savez donc pas que ce baiser que j’ai eu par surprise me tiendra compagnie pendant les vingt-cinq jours que je passerai loin de vous... que.
Là-dessus on est entré. Il joue bien les amoureux ce monsieur.
J’avais envie d’aller à la Madeleine mais je me suis dit que cela ne servirait à rien et je n’y suis pas allée.
Il s’est en allé après quatre heures, je suis sortie avec Dina un instant, puis il y a eu Franceschi, Goldsmid et les Mouzay. On a parlé entre autres de Cassagnac et j’ai dit que je ne voulais pas en entendre dire du mal, que je l’aimais et l’estimais et que cela ne changerait pas même si nous étions brouillés.
Les femmes ont dîné avec nous et viennent de s’en aller.
Est-ce que Multedo m’aimerait vraiment. Je lui ai opposé une muraille d’indifférence et de raillerie, ce qui m’a aidée à faire quelques uns de ces mots que l’on trouve si amusants et si spirituels et que je trouve tout simples. Oh ! pauvre garçon, il partira bien triste s’il n’est pas un affreux blagueur.
Est-ce que vous croyez que j’ai oublié le masque de Berthe. Jamais, jamais, jamais. Les Mouzay l’ont vu à la Madeleine. Vous connaissez l’histoire des perles que l’on répend devant les cochons ?
Si j’étais quelque chose j’afficherais une passion pour lui, ce qui le flatterait. C’eût été amusant. Telle que je suis je ne puis que rester sur mon piédestal. Ce que j’ai bavardé aujourd’hui ! J’ai été d’une gaieté charmante. A présent je veux être coquette avec tout le monde.
Ma qualité de jeune fille me défend les airs passifs d’une reine devenue esclave par sa propre volonté. On entrevoit toujours ce diable de mariage qui répugne quand il perce dessous les attentions d’une femme.
Si seulement je le voyais, je saurais bien comment faire. Avec Multedo je suis tout aussi amusante et pas aussi folle, en outre, j’avais employé au commencement quelques flatteries qui font toujours bien.
Qu’est-ce que c’est ???
Je vous ai dit que je ne voulais pas de tout cela ! Je n’en veux pas ! comment ! sous prétexte que Multedo est amoureux de moi je me permets Dieu sait quelles bêtises ! Je n’en veux pas. Amen. Comment, je me défends de séduire les gens ?
Si vous saviez ce que j’ai demandé et promis au Bon Dieu !
dans la marge
en travers 1880. J’ai demandé d’épouser Cassagnac et j’ai promis de consentir à l’épouser.