Lundi 7 mai 1877

La fidélité est un sentiment égoïste qui cesse d’exister du moment où il aurait été un mérite.
Le passé n’est qu’un souvenir et par conséquent est une sorte de présent. Le futur n’existe pas. Ne nous faisons pas de chicane là-dessus en disant que l’instant où je parle est déjà loin de moi, par le présent on entend aujourd’hui, demain, dans une semaine. Cela m’amène à dire qu’on ne doit rien ménager, rien regretter, vit-on pour le futur ? Et gagne-t-on à se faire un présent triste pour se créer des bonheurs à l’état d’espérances...
Ce n’est qu’enfermée dans cette chambre et ayant devant les yeux le rivage gauche de l’Arno que je comprends toute la divine beauté de Naples.
Vous savez... on a reparlé de Larderel disant qu’il avait fait la cour à Lucie Durand. Cela me contrarie et sérieusement. Comment tout cela peut-il être sérieux ? Et pourtant cela est sérieux.
Quelle tristesse ! Florence est impossible comme cela !
Sans doute Lewin voyageant comme un prince, avec deux jolies femmes, cinquante bougies, le jeu, les vins... je n’envie pas cela pour moi mais je constate les causes des succès de... ces femmes. Lucie avec sa beauté sèche, ses cheveux noirs, ses yeux noirs, ses robes noires, ses dentelles... Oh ! certes... tandis qu’ici... une maison honnête et une fille bête, blanche, gauche...
Ah ! mon Dieu, quand me délivrerez-vous de cette vie.