❦
Mercredi 18 avril 1877
Je l’ai envoyé chercher et je l’ai attendu en vain jusqu’à six heures et demie après quoi je suis allée dîner avec les miens. Vous comprendrez mon étonnement de voir arriver Larderel, au poisson, et se mettre à côté de Madame ma mère avec laquelle s’engage aussitôt une causerie amicale dans laquelle nous nous mêlons rarement. De fraîche que j’étais je suis devenue rouge.Jamais cet homme ne m’a vue avec ma figure naturelle ! Il est ami avec maman, il fait une cour blagueuse à Dina et il est presque impoli avec moi.
Nous avons pris le café chez nous où cet homme est venu apporter sa correspondance qu’il lit et laisse lire. Il a la bonté et la franchise des filles.
Je me suis arrangée de façon à le rencontrer dans l’antichambre au moment où il partait, pour lui dire :
- Voilà deux jours que je cherche à vous parler et il n’y a pas moyen de vous attraper, est-ce que vous avez peur ?
- Peur ? moi, et de quoi ? En vérité il ne manquait plus que j’aie peur de vous.
- Eh bien puisque vous êtes si brave, j’ai... un tas d’histoires à vous raconter...
- Prenez garde ici, du monde peut arriver
- Oui, mais demain à l’heure du dîner.
Où il me déteste ou il a peur que je ne l’épouse par force.
Soirée chez les Fabbricatore, mon premier désir en entrant fut de m’enfuir. Il était dix heures et j’y suis restée jusqu’à trois heures. On m’a présenté un tas de petits jeunes gens. Après chaque tour de danse j’étais près de m’évanouir tant de fatigue que d’ennui. Je ne pouvais rien dire avec toute cette plèbe et je me bornais à un sourire froid et continuel.
Et là, ennuyée, triste je n’étais ni rouge ni laide !
Mme Fabbricatore trônait avec toute la majesté de sa hauteur et de sa graisse, et les deux filles se trimballaient coiffées et mises comme deux sauvages, l’expression farouche des yeux ajoutait encore à la ressemblance. M. Fabbricatore avait l’air, selon le consul qui est venu avec nous, de tourner la machine aux glaces; il ne la tournait pas, il n’y avait même pas de machine; mais ce bon baryton modeste et barbu avait l’air de la tourner.
Mes deux plus mauvais, Melito et Caracciolo étaient ici mes sauveurs, et surtout la gentille baronne Formosa, fille du baron Nolli ou Nolla, je ne sais au juste; Caracciolo qui vient de chez la princesse de Potenasse raconte qu’on l’a criblé de questions sur nous et sur notre dernière réunion. Une misère comme ça fait du tapage. Je ne sais pourquoi mais on s’occupe toujours et partout de nous.
Ah ! oui, j’ai fait connaissance et causé avec le vieux baron Callotti, sénateur; lui, Carmignano et Cesi le plus grand musicien de Naples m’ont été une vraie consolation.
Mon Dieu, pensais-je, je danserais tout ce qu’on voudra et j’espère que j’aurai quelque dédommagement quant... à Larderel en faveur de ce supplice.
Marie, si brillante, si gaie, si folle, est-ce vous ? Si j’avais toujours été telle qu’à présent; il est certain que ni ceux qui m’entourent ni moi-même, nous n’aurions jamais eu d’aussi arrogantes idées.
Je perds tous mes avantages !! Pourquoi ? Et juste au moment où j’en ai le plus pressant besoin. Ne disons pas de petites naïvetés, c’est bête.
Je deviens ainsi parce que je suis absorbée par une pensée dominante, ce qui empêche mes idées et mon esprit tous groupés autour de cette pensée intérieure, de se faire jour. Quant à ce soir, c’est très naturel. Je ne suis bonne à rien dans un pareil milieu, et cela m’est déjà arrivé. Je n’ai rien à faire avec ces gens-là, ils m’agacent.
Quelle rage d’appeler toute cette canaille, quand on passerait une si bonne soirée avec les maîtres de la maison.
Un instant j’ai cru que le désordre causé par la perte d’un pendant de diamant de Mme Lieto, terminerait la fête, mais hélas ! Le cotillon s’est accompli malgré tout.
Ière donne :
Entourage dame de cœur accompagné d’une amie - entourée de beaucoup d’argent, d’un cadeau - d’un petit tour qui se rapporte à son amie.
Marche des circonstances par l’influence d’une vieille femme, un changement complet va s’opérer très vite dans la position de Mlle Marie, ce changement augure beaucoup de bon à un retour à la maison où son amie (dame de carreau) aura un émoi occasionné par un roi de carreau.
Dans un avenir plus ou moins rapproché la dame de cœur aura une petite fille - qui lui occasionnera momentanément une frayeur très grande (à la maison - sa maison) mais le bonheur de la maman n’en sera pas du tout altéré - elle sera en paix - beaucoup de tendresse dans les rapports de ménage - finalement une lettre lui annoncera une grande somme d’argent qui lui reviendra sans aucun doute.
2ème donne :
Entourage - argent - félicité - mais à cause du changement qui doit s’opérer excessivement vite par l’intermédiaire de la vieille dame qui est toujours entre Mlle Marie à la maison.
Marche des circonstances.
Dans la 1ère donne - le futur ne s’est pas du tout montré - mais en revanche ici il se montre tout à fait clairement et de la manière suivante.
Mlle Marie est très occupée d’un roi de cœur qui lui porte des sentiments assez chauds - il travaille par la vieille dame de laquelle dépend en grande partie la question d’argent - une lettre qui ne sera pas mauvaise qui le rapportera à la dame de trèfle par rapport à la dame de carreau - qui occasionnera une frayeur avant de rentrer à la maison - après le changement capital arrivera qui comme dans la première donne augure de bons résultats - beaucoup de tendresse - toujours une petite fille accompagnée d’un cadeau.
Résultat final :
pour la dame de cœur :
Bonheur agréable - constance dans l’amitié avec la dame de carreau.
pour son cœur :
Un mari - roi de cœur - un homme âgé qui sera probablement le mari de la dame de carreau.
pour la maison :
Beaucoup d’argent - beaucoup de tendresses - un magnifique cadeau.
ce qui l’attend :
La tendresse constante du roi de cœur - un voyage - une peur inattendue.
ce qu’elle ne sait pas :
Qu’elle sera bombardée de lettres - il sera question de cette fortune qui l’attend.