Lundi 9 avril 1877

Ah ! mon empereur, fichus-lecteurs l’intérêt de mon illustre livre va croissant... Fière de la chute de Larderel et de la brillante manière dont a tourné le scandale avec Sa Majesté, je suis radieuse. J’ai bavardé hier jusqu’à trois heures de la nuit avec Rosalie qui m’a parlé de Bijou, de mon maître, de mon roi; je me suis réveillée en prononçant son nom comme toujours, j’en ai parlé en m’habillant, j’y ai pensé en écoutant “Le Stabat” de Pergolèse qu’on a rechanté aujourd’hui pour la princesse Marguerite et dont les accents divins me remplissent les oreilles.
J’ai fait dix petites lâchetés pour envoyer promener ces dames seules vers quatre heures, elles ont eu la stupidité de monter comme Larderel arrivait.
On s’est dit des amabilités, on a fait des bêtises, je lui ai mis du duvet dans les cheveux pour le lui enlever ensuite pour toucher ses cheveux, pour effleurer son front de mes mains; pour lui brosser son habit ensuite.
Enfin ils partent !
J’étais depuis une minute peut-être assise le dos tourné à la fenêtre et tremblante !
J’ai des palpitations extraordinaires, ce matin le docteur m’a vue. Ce n’est pas lui qui peut me calmer.
- J’ai oublié mon porte-cigares dit Larderel en rentrant suivi de Rosalie à laquelle j’ai fait signe de sortir.
- Où peut-il être ? dis-je pendant que la fille fermait la porte et puis - Vous l’avez trouvé Monsieur ?
- Oui, Mademoiselle, je l’ai trouvé.
J’avais la même toilette qu’aux Courses et un chapeau de paille avec du crêpe blanc, des lilas blancs et des feuilles.
- Eh bien Mademoiselle, je vous dis adieu...
Je l’ai regardé avec étonnement.
- Oui, reprit-il, j’ai voulu vous dire adieu en particulier, pour avoir le bonheur de vous serrer encore une fois la main avant de partir, mais je reviens dans trois jours...
Je le regardai toujours.
- Qu’avez-vous donc à me dire Monsieur ?
- Mais rien absolument, c’est-à-dire... qu’avez-vous cru Mademoiselle ?
- Moi ? rien.
- Comment ! vous avez cru que j’avais quelque chose à vous dire ?
- Je n’ai rien cru, c’est vous qui m’avez demandé de vous recevoir ici.
- Oui, c’est que voyez-vous c’est difficile à dire...
- Asseyez-vous et tâchez de vous expliquer, dis-je en m’asseyant.
- Il s’agit de cette promenade, commenca-t-il en tournant autour de moi, pendant laquelle je vous ai peut-être semblé ridicule...
- Vous Monsieur ? Nullement, c’est moi qui étais ridicule...
- Non, non Mademoiselle, j’étais ridicule parce que je vous ai parlé... comme je vous ai parlé. Mais... je ne pouvais pas vous faire la cour comme à une femme mariée.
- Monsieur, Monsieur, qui vous parle de cela !
- Et voilà, c’est ma conduite que j’ai voulu vous expliquer, elle a pu vous paraître ridicule...
- Je vous répète Monsieur, que moi seule j’étais ridicule...
- Oh ! Mademoiselle dit-il d’un ton de politesse exquise qui m’a glacée.
- Enfin Mademoiselle, adieu.
- Au revoir.
- Vous comprenez, on fait dans ce monde deux choses.
- Quelles choses?
J’étais douce et calme.
- Enfin... on fait dans ce monde deux choses, c’est-à-dire de deux choses l’une, quand on fait la cour à une demoiselle ce ne peut être qu’avec l’intention de l’épouser.
Nous étions debout près de la porte tourmentant un immense turban de satin rouge brodé de perles qu’Altamura a envoyé ce matin on ne sait pour quel usage, et qu’on avait placé sur la table.
- Je suppose, dis-je ne sachant où il voulait en venir.
- N’est-ce pas ?
- Et ?
- Eh bien, dit-il embarassé et vivement, je ne peux pas me marier en ce moment...
- Monsieur ! Au nom du ciel ! Que dites-vous ! Est-ce que je veux me marier avec vous ? Est-ce que je cherche à me marier ! Je ne veux pas me marier.
- Oh ! Mademoiselle, Mademoiselle, je ne l’ai jamais cru, mais... enfin, je vous dis cela. Je déteste les positions équivoques. Quand on fait la cour à une demoiselle c’est pour... le bon motif enfin.
- Il faut l’espérer, dis-je de la même voix calme en arrachant une poignée de perles et en les écrasant.
- Eh bien... vous avez compris...
- Je n’ai rien compris, vous m’étonnez, je ne sais que dire. Qui vous a donné ces idées ! Est-ce que j’ai l’air de vouloir me marier, vous êtes fou !
- Vous resterez gentille pour moi n’est-ce pas ? Vous serez bonne ? Nous resterons bons amis ?
J’écoutais comprenant à peine ce qu’il disait et arrachant mes gants.
- C’est cela, dit-il, donnez-moi votre main à baiser et un bouton pour souvenir.
- Non, non !
- Ah ! si, donnez, donnez...
Je me débattais pour l’approcher davantage, pour toucher ses deux mains, sa poitrine, pour sentir sa respiration sur mon front que je penchais pour me défendre. Il baisa une main puis l’autre. Je fermai les yeux de bonheur et de souffrance. C’était un baiser de consolation, et la seconde qu’il avait duré a été tout une époque, j’ai senti avec ravissement l’approche vif comme l’éclair de ses lèvres et j’ai pressenti, j’ai craint, j’ai regretté leur éloignement aussi rapide. Deux baisers respectueux, un sur chaque main.
- Adieu, dit-il.
- Adieu, répétai-je à moitié pâmée et lui tenant la main.
- Nous resterons bons amis n’est-ce pas, au revoir ?
- Non dis-je les yeux baissés.
- Non ?
- Non.
- Au revoir.
- Adieu !
Et je me suis en allée dans ma chambre complètement hébétée.
- Rosalie, Rosalie, allez prier Monsieur le comte de revenir un instant vite !
Un flot de regrets m’avaient assaillie et puis une envie folle de le revoir encore.
- Vous avez à me dire Mademoiselle ? demanda-t-il en reparaissant avec la même froideur polie.
- Oui Monsieur, dis-je toujours calme, ce que vous m’avez dit m’a tellement abasourdie que je viens à peine de le comprendre, c’est-à-dire que je ne comprends pas... Dites, est-ce que j’ai vraiment l’air de vouloir vous épouser à toutes forces ?
- Oh ! non, je vous jure.
Je m’assis sur le canapé.
- Ecoutez, dis-je.
Il s’assit à côté ou plutôt en face de moi, j’avais le corps retourné.
- Ecoutez, je ne reviens pas de mon étonnement, pourquoi m’avez-vous dit cela ?
- Je suis franc, j’aime mieux tout dire comme ça ! Jamais je n’aurais fait la cour à une demoiselle sans avoir l’intention de l’épouser, surtout à une personne comme vous... Or, je ne peux pas me marier.
- Monsieur, Monsieur, qui vous prie de me faire la cour ? Vous m’hébétez.
- Personne ! Mais je vous l’ai faite moi !
- Vous croyez ?
- Tous les deux, nous étions assez avancés pour nous décider, pour en finir, nous étions arrivés au point...
- Au bout de cinq jours ? Vous vous trompez Monsieur, dis-je avec douceur.
- Enfin, j’aime aller droit, c’est pour cela que je vous ai parlé de tout cela.
- Oui.
- Ainsi, c’est parfait ?
- Admirable.
- Dans trois jours je reviens, j’espère vous trouver encore ici...
- C’est probable.
- Votre main.
Je la lui tendis et il la baisa encore comme avant.
- Dites-moi Monsieur, puisque nous causons comme deux bons amis, dites-moi avez-vous jamais été amoureux de moi ?
- Moi ? Pourquoi voulez-vous que je ne l’aie pas été ?
- Je ne veux rien, je vous demande.
- Pourquoi voulez-vous que je ne l’aie pas été ?
- C’est bon, c’est tout.
- Alors c’est très bien Mademoiselle ?
- C’est superbe.
Et il sortit me laissant étourdie, hébétée, effroyablement calme.
Me lever, le rappeler ! C’était trop tard ! Je l’ai vu partir en fiacre, du balcon où je suis restée comme enracinée pendant une heure vingt minutes.
De temps en temps seulement j’avais comme un frémissement de bête blessée; un geste furieux reprimé avant d’être exécuté, et rien. Toutes ces voitures, les messieurs de la Cour qui m’ont saluée fort bas je ne sais pourquoi. Après, le prince Humbert qui m’a rendu un salut superbe.
Après, Marguerite que je n’ai pas saluée. Puis Doenhoff, Marcuard, les Napolitains...
Maman et Dina sont revenues avec Hélène Fabbricatore, je suis descendue aussitôt.
- Je viens d’avoir une visite, dis-je en prenant place, une fameuse visite.
- Agréable ?
- Ah ! mon empereur, non.
- De qui ?
- Vous devinez parfaitement.
- Oui.
- Eh bien vous ne vous imaginerez jamais ce que ça a été. Il faut être moi pour avoir de semblables plaisirs.
- Voyons qu’y a-t-il ?
- Oh ! presque rien.
J’ai causé tout le temps de choses indifférentes avec Hélène et l’ayant laissé à la maison j’ai raconté tout à maman et à Dina. Elles sont restées étourdies et détournaient la tête pour ne pas me gêner. Il n’y avait pas de danger que je fasse la moindre mine, j’étais comme de bois.
- Mais il fallait lui dire, ça, ça, ça, ça ! me dit-on.
J’ai parlé comme moi les autres parleront comme eux. A travers la couche de glace dont je semble entourée, je me jette moi-même un flot de regrets, d’oublis, de taquineries. J’aurais dû dire cela ou ça. Laissons-nous tranquille, nous sommes bien assez à plaindre; en passant devant le café de Naples nous avons des larmes pleins les yeux que font briller les maudites lanternes de la rue.
Je ne sais comment dire mon chagrin ou ma douleur, ou mon abattement, est trop grand, je suis trop offensée pour renfermer tout dans moi.
Je n’ai rien mérité, je n’ai rien fait de mal. Pourquoi est-ce ? Pourquoi ?
Oh ! le rêve de Sorrento dans lequel je me voyais couverte de boue par Larderel.
Qu’ai-je fait ? J’ai commis le crime de naître.
Je n’ai à m’en prendre à personne. Il ne m’aime pas et j’ai provoqué cette explication de ce soir. Me plaindre serait risible.
- Ce n’est rien, disais-je le long de la route, ce n’est rien; n’ai-je pas l’habitude ? Tout m’est contraire. Vous n’êtes pas fautive maman, ici. Je ne m’en prends à personne. Seulement voyez comme tout se retourne contre moi.
Ma douceur produisait un effet horrible sur maman.
- Il est fou, dit-elle enfin, comment a-t-il osé ! Il fallait lui dire etc. etc. etc.
- Il avait raison maman. J’ai même été étonnée de trouver dans cet homme si fou, un langage aussi honnête et franc.
- Mais quelle idée, mais pourquoi etc. etc. etc.
Je suis allée dîner après avoir vainement cherché à revoir Larderel pour lui dire un tas de belles choses.
Je me faisais à moi-même, je désirais sortir de cette léthargie, mais il fallait donner une explication à la femme de chambre qui est tellement mêlée à toute cette affaire.
- Déshabillez-moi, dis-je tout haut et puis plus bas et refermant la porte - eh bien Rosalie, c’est bien fini avec Bijou.
-Oh !
- Oui, cela me chagrine énormément, je ne le cache pas. Je suis désolée, mais que faire ?
- Oh!
- Vous savez ce qui est arrivé ? Il m’a demandée en mariage en priant d’adopter sa fille. Je l’ai chassé.
- Oh ! Est-il possible ?
- Que pouvais-je faire ! Ce n’est pas la première fois qu’il m’en a parlé; et j’ai écrit à ma tante lui demandant en riant ce qu’elle ferait, elle a de suite retiré de chez le notaire tous les titres de fortune qui étaient pour moi. Vous comprenez... moi j’aurais adopté même un chien. Enfin, c’est affreux ! Mais c’est fini.
- C’est ça qu’il était si triste ! Et Séraphin a pleuré ! Il est parti tout a fait, il ne revient plus.
- Hein ?!
- Oui, il n’a pas gardé sa chambre.
- Eh bien c’est fini, j’en suis navrée mais je ne pouvais agir autrement.
Et passant mon froc marron, les oreilles assourdies et embrouillées par les sons déchirants du Pergolèse, je suis allée me coucher sur le lit de maman où sans plus me cacher, je me suis mise à pleurer avec rage, avec désespoir, avec folie.
Parti, tout à fait parti ! Mort pour moi. Je ne le verrai plus ! Alors je me suis enfoncée les ongles dans le front et je me suis arrachée les cheveux, sous ce lugubre, cet affreux capuchon !!
A présent il est six heures du matin, je suis de nouveau calme, je me rappelle. Cette souffrance cuisante, inénarrable m’a rendue comme farouchement heureuse ! J’ai compris que j’aimais beaucoup, que j’aimais pour la première fois. Ah ! c’est ça l’amour ? Bien, bien, c’est très bien. Je ne suis pas désappointée, je n’aurais pas accepté moins. M’y voilà donc !
J’aime, J’aimais, parce qu’il est mort pour moi. Je ne le verrai plus !!
Ah ! si j’avais su, si j’avais pressenti; je me serais jetée à ses pieds, je lui aurais baisé les mains, les cheveux, le front, la figure, je lui aurais dit que je l’aime !!
Et ne plus le revoir !!! Il ne m’aime pas, bien, mais je lui aurais dit que je l’aime et qu’avant de lui dire un éternel adieu je veux le serrer sur mon cœur, que, que je l’aime enfin !
Mon Dieu que vous ai-je fait !!
Maman pleurait à genoux près de mon lit. Comme avant j’ai essayé de chercher un point d’appui quelconque au milieu du naufrage de toutes mes pensées, et je n’ai rien trouvé. Dès son arrivée j’ai souhaité mourir, sérieusement je n’ai pas envie de vivre, je ne trouve rien qui m’attache, qui me fixe. En un instant tout s’est écroulé !
- J’irai me jeter du 5eme étage ! dis-je tout à coup.
Maman pousse un cri, et je retombe dans un désespoir muet, affreux.
Mais Caracciolo entre au salon, après lui Campomarino, après Doenhoff (pour un instant), et enfin Marcuard !
Maman sorti éplorée avec une lettre à la main disant que son mari était très malade. Cela a fait un très bon effet et très naturel.
En un clin d’œil je m’habille et suis au salon secondant ma mère. Sans ce mensonge nous étions perdues. Ne pas recevoir était s’accuser. Melissano n’est pas fou, et son air en me demandant si j’allais à Rome ce soir, me l’a prouvé, lorsqu’il est venu me voir sur mon maudit balcon.
Je suis restée à causer aimablement; par fanfaronnade, j’ai voulu être héroïque. Marcuard est mon grand ami; il est jaloux, furieux, malade ! Je reste plus d’une heure avec lui au balcon, tournant tout autour de la confidence que je n’ose pas lui faire.
Tout le monde était parti excepté lui, je parlais très clairement, il semblait toujours ne rien comprendre. Il comprend trop bien.
C’est la première fois je crois qu’il m’arrive de ne pas me repentir des sentiments exprimés et écrits après tant d’heures. Il fait jour, presque sept heures. Les mélodies de Pergolèse me remplissent encore les oreilles; je voudrais être assez riche pour me faire chanter ce Stabat tous les jours.
On parlait de Larderel, j’en disais du mal, lorsque Marcuard dit :
- Il va revenir dans trois jours
- Il nous a dit qu’il ne revient pas, dis-je.
- Il m’a répété dix fois que dans trois jours... s’il ne revenait pas cela m’inquiéterait, cela voudrait dire qu’il est à Florence, et je ne voudrais pas qu’il retourne à Florence.
- Est-ce qu’il aime encore cette femme ? demande maman.
- Non.
- C’est un chenapan ! dis-je.
- C’est la chance en personne reprit Marcuard. Un autre serait déshonoré, perdu, mort. Ecoutez seulement, dès l’âge de quinze ans il ne dort pas les nuits, il se grise tous les soirs, monte à cheval à six heures, se couche à dix heures se réveille à deux [heures] mange des patisseries, des je ne sais quoi, boit du sherry, du... que sais-je, s’en va jouer ! Mais un autre en serait trois fois mort ! Puis, il se met avec cette femme, il est sous son joug, elle fait de lui tout ce qu’elle veut, il est prêt à l’épouser; et songez qu’épouser une pareille femme c’est se déclasser, rompre avec la société avec ses amis; il est sur le point de l’épouser lorsqu’il découvre cette lettre, et il est sauvé encore cette fois. Ecoutez encore, plusieurs fois on lui a reproché de ne pas s’être battu lorsqu’il le fallait, il était à moitié ruiné dans l’esprit de tous les honnêtes gens, lorsque cette même lettre lui donne l’occasion et il se réhabilite d’une façon éclatante ! C’est peu, n’ayant jamais tiré le sabre il n’est qu’assez légèrement blessé lui-même et il touche son adversaire, le premier tireur de Florence ! Si vous n’appelez pas cela de la chance !...
Tout ce que vous voudrez, tant mieux, je l’adore.
Marcuard est parti à une heure, je ne dissimule pas mes sentiments devant les miens.
Six heures et demie ! Il est près de Rome ! Marcuard a dit qu’il n’est pas parti seul. J’allais m’élancer comme une lionne ! de quel droit ? Il ne m’aime pas même.
Va ! reine, déesse, créature exceptionnelle, heureuse, conquérante ! Va ma fille, je te conseille de faire la fière ! Va ! fichue-malheureuse ! Va te coucher... des blagues sont devenues des chagrins vrais et les chagrins vrais vont se convertir en blagues ! Je ne vais pas du tout me coucher. Je vais essayer de ne pas dormir trois fois vingt-quatre heures, soixante-douze heures. Ah ! Mon empereur...
Ah ! Monsieur le comte, Bijou, mon cœur, mon amour, ma joie ! Vois, je n’ai pas honte de mon vrai amour ! Pour des saletés d’avant je me cachais, pour toi j’irais pleurer devant tout le monde !
Mon bien aimé. Mon meilleur souvenir ! Jamais je n’ai eu à lui reprocher la moindre des choses ! Je n’ai jamais eu honte pour ou de lui, je n’ai jamais eu à me plaindre de lui, il a toujours été fou mais grand et honnête. Jamais un manque de respect, jamais une offense ! Je l’aimais tant et il est mort !!!
Voyons, qu’ai-je fait ? J’ai oublié ma douleur, j’ai pleuré devant Dina, sur la poitrine de maman ! Je ne pouvais pas rester seule ! Comme quand j’étais malade ! Mon Dieu est-ce que vous ne m’enverrez donc pas une maladie ! Que faut-il donc pour me briser !
J’avais chaud, je suis allée à trois heures de la nuit sur le balcon la poitrine découverte, jusqu’à me mettre à trembler et à claquer les dents.
Et je n’en mourrai pas !! Il va courir à Rome ! Il arrive donc des bonheurs aux autres, pourquoi ne m’en arriverait-il pas, une fois, un seul, un qui vaudra bien un désespoir ! Qu’il tombe et qu’il se tue !! Je vous ai déjà prié mon Dieu, vous m’avez entendue à demi ! Oh ! faites qu’il tombe ! Vous pouvez bien me donner cette satisfaction en faveur de la folle douleur que j’en aurai !
Sa mère a un autre fils, je ne commets donc pas une infamie en désirant sa mort, les amis se consoleront vite.
Lui ne sentira rien, puisqu’il sera mort ! Personne ne l’aime ici au point d’en devenir malheureux ! Oh ! Faites qu’il meure ! Cinq ans de ma vie pour qu’il meure ! J’en ai donné cinq, ça fait dix.
Est-ce qu’elles ne valent pas sa mort !
Je tombe de sommeil.