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# Samedi 17 février 1877
Samedi 17 février 1877
Je me suis levée de bonne heure et nous sommes allées voir la grotte du Pausilippe1, voilà qui me plaît, puis le tombeau de Virgile. Arrivons au fait ! Je suis chagrinée, le cocher de Larderel part demain, donc il ne reviendra pas avant quinze jours comme il l’a dit, s’il revient toutefois. Le retard que mettait ce satané Charles... me semblait un indice de prompt retour... Ici j’ai été interrompue par Altamura, cet excellent garçon a été blessé de notre air le jour du balcon mais vraiment c’est un gentil chien... fi ! comme je m’exprime.
en travers
Ah ! Didon, Ah ! Enée, Ah ! Larderel.
J’ai patiné et je me suis amusée, il y avait celui que nous prenons pour le prince Ruffo et l’officier qui a été reconduire Larderel un superbe garçon, et Merisano le singe de l’année passée et le jeune homme suave et beaucoup d’autres, j’étais en blanc, deux tresses sur le dos comme Marguerite et un bonnet de velours noir. Que voulez-vous, il est bien naturel qu’on s’intéresse un peu à nous, nous sommes toutes neuves.
Le départ du cocher me cause comme des secousses de désappointement, là j’entreprends une enquête avec Rosalie, je lui fais répéter comment Larderel rentrait de bonne heure et le matin sautait à bas de son lit pour regarder dans la serrure, puis la pantomime avec Charles qui lui faisait signe de venir quand il apercevait quelqu’un; comment Larderel basculait le cocher et puis se prenait la tête dans les mains et bondissait dans la chambre s’écriait: Ah ! Bon Dieu, bon Dieu ! Ce geste et ces paroles lui sont particulières, en approchant de Cancello il s’est pris la tête dans les mains en criant, Bon Dieu, bon Dieu voici Cancello !
Voilà quelque chose qui est soigneusement ramassé.
Le cocher prend toute sorte d’informations sur mon compte, si j’aime les chevaux, si j’ai bon caractère et encore et encore et enfin satisfait il déclare que je suis la femme qu’il faut à son maître. Alors le cocher et la femme de chambre arrangent le mariage. Mais ce n’est pas de cela qu’il est question, il s’agit du départ ou de l’arrivée. Charles ne part plus, il a reçu des ordres du Palais où l’appelle le comte de Mirafiori pour des chevaux à Larderel, d’ailleurs c’est chaque instant autre chose... Ah ! et ne puis-je donc pas me tenir à ce qu’a dit ce Bijou-bouzouk2 lui-même !
Je ne veux entendre aucun changement, cela me tourmente trop. Si au moins c’était de l’amour
Je suis toquée de ce Larderel, à entendre Rosalie il l’est de même. Rosalie me l’a raconté avant de voir combien j’étais intéressé et elle me l’a même dit comme une chose indifférente mais extraordinaire.
- C’est un fou, disait encore ce soir Altamura, quelquefois il jette cent mille francs, d’autres fois pour deux sous il fait une question.
Vous savez, l’cocher me cherche un cheval de selle à louer, par l’intermédiaire de la précieuse Rosalie. Sans cette fille je ne saurais que faire.
Je voudrais bien savoir combien il durera cette année, malgré moi je m’avance dans ces idées amoureuses et puis, s’il ne m’y suivait pas, ce serait un désappointement.
Je l’ai vu juste assez pour être irritée et un peu folle.
Si je m’écoutais je passerais des heures à transcrire les moindres choses du cocher, de la femme de chambre, des chevaux, de la comtesse de Mirafiore qui est partie aujourd’hui pour Florence et que Bijou-bouzouk viendra recevoir à Rome et reconduire à Florence enfin.
Vrai, j’ai quelque chose pour lui... Audiffret est venu avec une lenteur effroyable, Antonelli est venu par suite de l’influence communicative de l’Amour sur moi, quant à ce père de famille eh ! bien il est venu comme un « coup de foudre ». C’est le plus vrai des trois mais au portrait que j’en fais vous vous apercevez bien, n’est-ce pas, que ce n’est pas encore l’idéal ou celui que j’estimerai tel.
O ennui, que n’engendre-tu point !
Poznámky
The Grotto of Pausilippe (Grotta di Seiano) — a Roman-era tunnel through the Posilipo hill near Naples; nearby is the traditional site identified as Virgil's tomb (Parco Virgiliano). ↩
Bijou-bouzouk — Marie's playful nickname for Larderel, combining bijou (jewel) with bashi-bazouk (irregular Turkish soldier, used colloquially for a turbulent character). ↩