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Mercredi 27 décembre 1876
Mon père a du moins fait une visite au baron Visconti et s’est montré avec nous au Skating-rink. Paolo Antonelli est le premier patineur, tout souriant des trente mille francs de rente que lui a laissés le Cardinal. Cette miniature assez jolie et très fine papillonne avec la Somaglia et les autres princesses romaines qui se trouvaient là. Comme ces dames patinaient fort mal je me suis risquée et je n’allais pas trop laidement.Le raide et le bête Paparigopoulos a fait connaissance avec mon père, Plowden aussi. Nous l’avons rencontré dans la rue et il rougit si fort et si longtemps que cela me fit une sorte de plaisir.
Nous allons voir l’Aïda de Verdi à l’Apollo. C’est hier qu’il aurait fallu... d’ailleurs...
Maman en velours noir et diamants, moi en robe... celle qu’on a décrite à Nice, rien dans les cheveux, et mon père en frac et avec sa boutonnière, nous formions une loge fort agréable.
Mais la barcaccia1 n’est peuplée que du comte Oscar Angelini, neveu de l’empereur Guillaume du côté gauche, gras et barbu, et du marquis Tiberini. Les loges royales sont un dédommagement.
Maman parlait de la mort de Rossi lorsque cet aimable homme entra en caracollant en arrière.
- Eh bien, dit-il après les premières politesses, ce pauvre Antonelli qui a perdu son oncle ?
- Oui, le pauvre, il n’en a rien eu.
- Si, l’argenterie de table !
Ce fut une gaieté générale après quoi avec une franchise très commode je demandai à Rossi ce qu’on en a dit, lui racontant en confidence Mme de Camprien et le reste. Nous parlions italien.
- Vous comprenez, dis-je, on ne nous connaît pas et on pouvait fort bien me prendre pour une de ces étrangères qui viennent à Rome chercher un mari. Nous en avons causé assez longtemps au bout du quel temps je crois être convaincue que le public n’a attaché aucune importance à la chose.
- Personne n’a songé à lui pour vous, dit Rossi, c’est un pauvre garçon qui n’a ni fortune ni position, qui est dans une société de jeunes gens qui le mènent, dans des... enfin c’est cette vie de... de soupers avec les... danseuses2... Au commencement on a cru..., dans tous les cas vous avez donné le choc et peut-être qu’à présent va-t-il se corriger, c’est-à-dire se former. Il lui faudrait ou un voyage ou cinq ou six mois de vie réglée dans le monde. Cela lui donnerait quelque position.
- Mais c’est un garçon perdu.
- Oh ! non, pauvre enfant, il vaut mieux faire ses folies à vingt qu’à trente ans. Il faut laisser passer la jeunesse, il fera un beau mariage.
Un coup de couteau.
Je crois que j’ai été comme il fallait avec le homard Rossi. Mon père enrageait de ne rien comprendre et nous parlions toujours cette langue divine, moi, tant pour savoir que pour m’entendre parler.
Je suis prise d’une grande pitié pour ce pauvre garçon déshérité, retiré à la campagne et chassant du matin au soir avec son malheureux fusil.
Il ne fallait pas le prendre au sérieux, il me gâte tous les hommes, je ne regarde personne.
Quelqu’un S.V.P.
Ô Rome !
Mon père a le plus abominable caractère du monde. Et j’en ai besoin !
Revoir Antonelli !! Pour quoi ? C’est un rien... Et si... Rossi le déprisait à mes yeux par calcul...
Poznámky
barcaccia — the boat-shaped box at the front of the theatre; the most prestigious seating area. ↩
danseuses — ballet dancers; in 1870s society a well-known euphemism for kept women or courtesans. ↩