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Mercredi, 5 janvier 1876
C’est hier qu’a eu lieu la vente de l’âme du frère Emile.
Depuis le matin nous allons à la recherche des appartements, mais voici ce que j’écris au général:
Lettre recopiée · Lettre de Marie au général, Rome, 5 janvier 1876- Orsù1, je suis à Rome. « Ah ! c’est bien étonnant, ah ! c’est bien surprenant ! ». Il fait un froid de Russie, l’eau gèle dans les fontaines, mais le froid ne serait rien s’il n’y avait que le froid. Depuis ce matin nous sommes à la recherche d’un logement et nous n’en avons vu qu’un seul. Je n’avais pas le courage de monter quand on m’indiquait un trou noir et béant et sale et effrayant.[Deux lignes cancellées]En vain je cherche quelque maison ayant quelque ressemblance avec les maisons de France, je ne trouve que des masures ou des colonnes craquées.C’est sans doute beau mais convenez avec moi qu’un bon appartement confortable est infiniment plus agreable tout en etant moins artistique. Je crois que nous finirons par nous loger dans les bains de Caracalla ou dans le Colisee.Les étrangers me prendront pour quelque ombre de chrétienne martyre dévorée par quelque tigre féroce, devant quelque empereur carnivore !Quant aux meubles nous nous contenterons de fragments de statues ou d’ossements, restes sublimes d’un passé désormais impossible !Après mon installation dans le Colisée ou dans le Forum je vous donnerai de plus grands détails sur la ville Eternelle.En attendant j’attends une lettre de vous, cher général, qui je le sais d’avance sera très charmante et très aimable.Orsù, au revoir. Marie Bashkirtseff.
Voilà la vérité ! Pas un appartement habitable ! où sommes-nous ! Où sommes-nous ? Cette affreuse ville peut-elle se nommer une capitale ! Nous ne sommes pas en Europe ! Pas une maison convenable à louer ! Je suis découragée, ennuyée !
Mais je ne bougerai pas avant mai.
O Rome ! Je crois que nous prendrons un plus grand appartement à l’hôtel et y resterons. A la place d’Espagne seulement on respire.
Est-ce possible que ce soit Rome ! Quel affreux mélange de belles antiquités et de nouvelles vilenies !
C’est la veille de notre Noël2, nous étions à l’église qui se trouve dans le palais de l’ambassade. J’ai prié Dieu. M’a-t-il entendu ?
J’ai si peur, je suis si découragée. A Nice j’étais au moins à la maison, tandis qu’ici ! Qui sait ce qui nous attend ! Ayons confiance en Dieu, où en aurait-on si non à Rome ?
J’ai vu la façade de San Pietro. C’est superbe, elle m’a ravi le cœur, surtout la colonnade gauche, parce qu’aucune maison ne la dépasse et ses colonnes avec le ciel pour fond, produisent l’effet le plus saisissant. On se croirait dans la vieille Grèce.
Le pont et le fort Saint Ange le sont aussi d’après mon idée.
C’est grand, c’est sublime.
Et le Colisée !
« Arches on arches ! As it were that Rome Collecting the chief trophies of her line Would build up all her triumphs in on dome, Her Coliseum stands; the moobeams3 shine As twere its natural torches, for divine Should be the ligth which streams here to illume. This long-explored but still exhaustless mine Of contemplation... “
Qu’ai-je à dire après Byron ?
J’ai à dire que toute cette nuit j’ai rêvé d’Audiffret, et bien. J’ai encore envoyé plusieurs lettres, pour être mises à la poste à Nice.
Je suis laide et fatiguée. Il faudra tout arranger demain, il faudra tout arranger. Je suis suspendue, inquiète.
Dieu ! tranquillisez-moi. J’ai chez moi à arranger tout cela à Rome.
La première chose à faire, c’est prendre un appartement et déballer les coffres et puis utiliser les lettres.
Poznámky
In Italian in the original: Orsu — well then, come now. ↩
Russian Orthodox Christmas falls on January 6/7 by the Julian calendar. ↩
In English in the original. From Byron, Childe Harold's Pilgrimage, Canto IV. Spelling errors (moobeams, ligth, on dome) as Marie copied them. ↩