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Jeudi 12 août 1875
Que c’est bête d’être superstitieux. Il ne faut croire qu’en Dieu !
Et si les cartes m’avaient dit du bien j’aurais dit qu’il faut croire aux cartes.
Ces tarots égyptiens nous prédisent un tas de noirceurs. Pour mes mères prison, pour nous tous en général la mort d’un proche, j’ai fait un jeu pour chacun de nous et pour chacun il y a la mort de ce proche et par plusieurs fois.
Pour moi, il y a des horreurs. Je serai enlevée après mariage.
Et une chose curieuse, quand j’ai fait les cartes pour Audiffret, elles ont dit qu’il enlèverait une femme mariée. Ce sont des bêtises, personne ne m’enlèvera parce que je ne le voudrai pas.
Sérieusement je vais faire prendre des précautions. Notre fortune est menacée. Les tarots le disent et je tremble. C’est peut-être ridicule mais c’est vrai.
Ils prédisent aussi une révolution en Russie, plusieurs fois avec insistance sort cette carte, elle annonce la chute de la tyrannie. Quel malheur !
Il me semble que tout va changer, tomber, finir !
La fin du monde pour moi. Surtout notre procès, notre fortune ! Mon Dieu, ayez pitié de ma terreur !
Ce serait curieux de voir que ce que m’annoncent ces bonnes aventures se réalise.
Ce serait affreux, à moins que ce ne soit adouci ou appliqué à des bagatelles.
Je voudrais plus vite être avec les miens pour leur parler de mes craintes. Je suis triste toute seule.
Je vais avec l’aide de Dieu prendre autant de précautions que possible contre la catastrophe qui nous menace, plusieurs catastrophes car, si ce n’est le procès c’est une émeute en Russie où la principale richesse c’est la terre, or que produit la terre en temps de troubles. Et puis, si la canaille a le dessus, elle confisquera tous nos biens.
Dieu qui a été toujours bon pour moi m’avertit par les cartes de ces différents dangers. C’est à moi de me garder, je suis prévenue.
Nous partons à sept heures trente minutes. Depuis deux jours je me repens d’avoir pris cette femme de chambre, elle me déplaît et, à la gare, à un tel point que je la congédie en lui donnant trente francs et son billet, valable pendant un mois. C’était une détestable créature.