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Jeudi 22 juillet 1875
Hier j’ai parlé à la lune et cette nuit elle me fait voir, devinez qui ? d’Audiffret ! C’est indigne. La lune abuse.Je suis inquiète. Tous ces rêves, puis les cartes sans cesse me disent mariage où un homme brun est toujours seul. [?]. Je serais curieuse de savoir par quel miracle cela pourrait se faire. Jamais par ma volonté, jamais. D’ailleurs il y a beaucoup de bruns. Miloradovitch est brun, Blackprince aussi. Ah ! si c’était Blackprince !
Dans le rêve, Girofla nous recevait à dîner chez lui, et dans son jardin il avait une maison bâtie avec des fraises d’une grandeur et d’une fraîcheur ravissantes. Saëtone s’approche, je regarde, et son gilet est aussi fait de fraises. Girofla m’offrait des cornichons: cornichons - vous épouserez un imbécile, dit ma clef des songes. C’est rassurant, je n’épouserai donc pas le Niçois.
Note des éditeurs
[Deux lignes cancellées]
A la musique nous voyons Saëtone, Galula et Danis. Ce dernier dit que ni lui ni d’Aspremont ne peuvent oublier mon entrée au comité du Carnaval. Que c’était fait avec trop de grâce et de charme. Je l’envoie de ma part à Saëtone le provoquer en duel et, comme Mercure refuse, je lui jette mon gant. Pendant ce temps Galula me vole l’autre. Ils ne veulent pas les rendre et m’enlèvent ainsi une paire de gants tout neufs. Vrai, ils ne la valent pas.
Avant de rentrer nous allons au café. Les Grâces et Machenka dînent chez moi et après nous bavardons et rions: sans doute de Girofla.
On se souvenait de moi, quel monstre j’étais et bossue et maigre et boiteuse; comment nous nous sommes promenées devant ses fenêtres, desquelles il nous regardait d’un air étonné sans gilet, en chemise.
Enfin comment nous avons salué tous les passants et sommes allées au bain, au bord de la mer, où il y avait foule.
On se rappelle mille petites choses qu’on n’a même pas remarquées alors et qui nous semblent si amusantes à présent.
Je me sens triste et pourtant je n’ai aucune raison pour l’être. Je voudrais être seule pour penser.
Oh ! pas à cet homme, qu’on ne me fasse pas l’injure de penser cela. Il m’a amusée voilà tout. J’avais tort de me fâcher, de bouillir, de m’agiter. C’est un homme tout cousu de malice, il voulait me prendre; heureusement je ne suis pas sotte et vois clair dans son jeu.
Et vraiment ce serait être agréable à Dieu que de donner une leçon à ce drôle. Toutes les jeunes filles ne sont pas comme moi et il en profite sans scrupule aucun.
Que c’est donc heureux que je sois ainsi. Ce serait venger une quantité de personnes que de le punir. Ah si Dieu voulait m’accorder cette grâce !