CZENUKFROriginál (vícejazyčný)

Vendredi, 23 avril

Je ne vais pas à la messe. Après-demain c’est Pâques. A trois heures à la procession de la plachtchanitsa.
La chaleur est étouffante dans l’église, en sortant nous allons chez Mme Voyeïkoff, où nous restons assez longtemps. J’adore l’hôtel du Luxembourg pour cent mille raisons. Ma tante était au salon avec Mme Voyeïkoff et moi et Dina sur le balcon avec Julie. On voit passer tout le monde, on voit tout l’horizon, toute la Promenade. J’ai envie de vendre ma villa et de venir à Nice pour loger dans cet hôtel.
La conversation roulait sur le fiancé, les parents, les fêtes, le monde, les robes, etc. etc.
— Venez à Paris, Marie, je vous mènerai dans le monde. J’éclatai de rire.
Julie est une fille très sincère et raconte toute sorte de choses. Vous savez, dit-elle, quand il m’embrasse je deviens folle ! et ainsi de suite, puis encore... Marie, je vous propose mon beau-frère il est magnifique et encore, quand vous viendrez chez moi à Paris je vous présenterai quelqu’un qui vous plaira.
— Voyons qui ?
— Je ne dirai pas.
— Eh bien comment est-il ?
— Il est grand.
— C’est bien.
— Il est brun (Ça se gâte).
— Il a des yeux gris.
— Bien.
— Des favoris noirs.
— Mais....
— Il est grand et fort.
— Mais ma chère c’est le portrait du prince de Wittgenstein !
— De qui ?
— Wittgenstein.
— Oh ! Dina, s’écrie Julie, regardez donc comme elle a rougi en prononçant ce nom. Ah ! Ah ! Ah !
— Mais non, je ne vois pas.
— Je n’ai pas rougi du tout, ma chère, je ne connais ce monsieur que pour l’avoir vu à la Promenade.
Et en vérité je n’ai pas senti que je rougissais, mais le soir Dina assure que j’ai rougi.
Bon ! ce n’est pas la première fois.
Dina rentre et ma tante me mène chez Mme Angel, là nous trouvons Mme Patton, qui traverse toute la chambre pour me faire la révérence.
Qu’est-ce qui la prend ?
De là nous allons dîner au London House.
J’ai commandé selon mon goût.
— Bisque aux écrevisses.
— Filet de bœuf aux fonds d’artichauts, petits pois et truffes.
— Asperges de Hollande.
— Poulet rôti.
— Fraises à la crème.
Vin château Villegeorges de 1865
Je pouvais bien chanter comme « La Périchole »:
« Ah ! quel dîner je viens de faire.
Et quels vins extraordinaires.
J’en ai tant bu mais tant et tant... »
A peine sommes-nous à table que Pâris entre avec deux monstres russes et se place à côté de nous:
— Maria Constantinovna, Maria Constantinovna, dit-il s’interrompant au milieu d’une phrase et d’une voix mystérieuse, Audiffer est arrivé, Audiffer est arrivé.
— Où ?
— Dans le jardin.
— Mais...
Dans un quart d’heure, Audiffer, après avoir regardé par la fenêtre qui s’y trouvait, entra dans la salle, avec le vieux bonhomme en compagnie duquel il se promenait cet après-midi pendant que nous étions au Luxembourg. C’est probablement son beau-père futur, car on dit qu’il épouse une riche héritière de Marseille.
C’est dommage, seul il passe, avec femme, non, et puis Nice n’aura plus le moindre jeune homme.
Non seulement je ne l’ai pas regardé, mais je ne me suis pas tournée de son côté et cela sans affectation aucune, car avec le mariage il perd tout. Requiem eterno.
Le soir encore bavardage, on rit, et on dit des bêtises. On parle naturellement du mariage de Julie. C’est que réellement c’est un ravissant mariage.
Quel dommage de ne pouvoir pas acheter un mari. Aux mêmes conditions que Julie je pourrais mais je ne veux pas. Elle a trente mille francs par an et son fiancé dix ou quinze mille. Ce n’est pas avec cela que je me contenterais.
San Biou de Biou ! Comme disent les Niçois que faire avec cent mille francs de rente.

Poznámky

Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩
La Périchole (1868): opéra bouffe by Jacques Offenbach, libretto by Henri Meilhac and Ludovic Halévy. The lines that follow (032.0037–0039) quote, loosely, the heroine's tipsy ariette «Ah ! quel dîner je viens de faire…». ↩
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩