Mercredi, 10 mars 1875

Laferriere a envoyé deux robes surprenantes à Nadinka. Le soin qu’elle y a mis et la vitesse avec laquelle elle les a envoyées me flattent infiniment, c’est moi qui les avait commandées.
Je prends Stiopa et Julie tous vêtus de gris comme moi et les mène chez Rumpelmayer, où nous sommes très regardés par deux noirs nouveaux.
Une fois entrée dans ma robe marron, je relève la traîne, mets le chapeau de Dina, mon manteau garni de fourures et des mules de loutre tout à fait gracieuses et m’en vais seule à pied suivie de Fortuné Saïd en livrée chez les Sapogenikoff. Rien de plus élégant que ma tournure avec cet habillement. Je m’en vais ainsi toute fière de mon équipage et m’imaginant une duchesse du bon temps.
Je voulais voir la tête que le professeur de Marie lui a apporté, pour juger si je dois le prendre pour continuer ma peinture qui se meurt. La tête est bien peinte et je suis plus indécise que jamais car on dit que Nègre, le professeur du lycée, est très bon aussi.
A force de lire des livres de rois, de princes et de ducs je prends leurs gestes, leurs paroles et leur fierté, hautaine de nature, je le deviens encore plus.
Petite folle que je suis ! A Ostende il m’est arrivée de pleurer parce que je ne suis pas Louis XIV et, par moments, je crois que je le suis.