Vendredi, 17 avril 1874

En voilà une affaire ! Mam’zelle Dina écrit. Comprenez-vous cela elle écrit, elle écrit ! Et encore chez moi, devant moi, à côté de moi pendant que j’écris. Elle écrit à son auguste mère je suppose, d’ailleurs c’est égal, le principal c’est qu’elle écrit, en voilà une affaire !
Toutes Mes robes d’hiver sont fichées, sales et même déchirées. Simone m’en a gâté deux, enfin au désespoir j’ai commandé une à New Scotland. Je ne suis pas allée à l’exposition parce que cette malheureuse couverture de mon corps n’était pas prête.
Nous prenons Bête lorsque tous sont à Monaco, à peine nous entrons à la Promenade que quelque chose nous passe si vite que j’ai à peine vue et que j’ai pas reconnu. Dina regarda un instant puis : C’est Wittgenstein. - Où ? - Où ?
Je n’aurais jamais cru que ce fut lui. Un cabriolet comme celui du vieux Emile, attelé d’un cheval noir, russe et quick. Avec Rosalie. Ils avaient l’air misérable, comme des bourgeois. Je ne peux me faire une idée de ce prince, vivre avec cette femme comme avec sa femme, tranquillement; se promener, drive, ride, drink and gamble !
Tous les jours exactement, il rentre à six heures; madame reçoit la visite du médecin. Tout cela est si calme, si ordinaire, si patriarcal.
Un homme jeune, riche et noble qui vit de la sorte ! Je ne comprends pas cela. Quelle différence avec le duc de Hamilton, l’autre était tout noblesse, bruit, gaieté, jeunesse, folie et en même temps sagesse et poésie. Celui-ci, un être abruti, et je ne peux pas dire autre chose, je ne le connais pas assez, ni lui ni sa vie. Seulement je ne le comprends pas.
Vraiment souvent Bête m’ennuie avec ses banalités communes, voilà qu’aujourd’hui elle dit: Je voudrais qu’elle parte et que vous soyez à sa place, princesse de Wittgenstein millionnaire. L’année dernière, cela ne me dégoûtait pas parce que c’était la première fois, mais maintenant que je sais qu’elle répète comme un perroquet, comme une perruche, des bêtises sans fin, je suis tout à fait dégoûtée. C’est si bête vraiment.
L’été commence et elle commence aussi. Pourvu que ça ne dure pas, le mariage de Wittgenstein ou, pour dire mieux, pourvu que ce ne soit pas le présage de son mariage. Je crois avoir dit que je n’aimais pas quand les gens comme j’aime se mariaient. D’ailleurs il n’est pas comme j’aime, il se conduit si misérablement, si petitement, si tranquillement, qu’il a l’air d’un propriétaire niçois, il se conduit comme Georges. Et c’est misère !
Quel homme étrange il doit être. Souvent et aujourd’hui il est répugnant et poussiéreux et avec cela effronté. Mais Hamilton était un effronté adorable et divin, tandis que celui-ci est un effronté commun et indigne d’attention. Il est dépourvu de toute originalité et je ne remarque son existence que par pitié qu’un homme jeune, riche, noble et même beau s’encanaille et se poussiérise [sic] ainsi. On peut s’encanailler originalement, mais lui s’encanaille comme le ferait Gros ou Saëtone.
Que croire, nous rencontrâmes les Howard à cheval et ils nous envoyèrent mille grimaces et baisers.
Mon pavillon sera couvert de verdure et réuni à un kiosque rustique placé sur un rocher par un pont rustique aussi partant de ma terrasse; il y aura un petit étang ou lac. Ce kiosque sera près de la promenade.
« Ce projet enchanteur Me fait bondir le cœur ».

Poznámky

Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩
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Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩