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Lundi 4 août 1873
Nous voulions sortir à neuf heures, mais nous ne sortîmes qu’à une heure (robe écrue, pas mal, tous ces jours j’étais très laide). Nous allâmes chez Francine et j’ai commandé une robe vert foncé en laine et faille, chapeau rose idéal, feutre gris : deux cent vingt francs, chapeau quarante-huit francs.
A l’Exposition, nous avons énormément marché, nous visitâmes presque tout. Le pavillon russe est très beau, tout est joli, l’argenterie est superbe ! Nous avons déjeuné au restaurant russe. Ça n’est pas ni un restaurant, ni russe, c’est une espèce de bierhalle allemande de village, très laide, très sale. Les domestiques sont vêtus de rouge, des caricatures ! Ça n’est pas étonnant que l’on prenne les Russes pour des Turcs. Je m’amuse aujourd’hui, les deux premiers jours j’étais dans une léthargie, ces absences m’arrivent quelquefois; je ne comprends rien, je ne puis pas parler, je suis bête. Aujourd’hui, c’est passé. Les statues italiennes sont très originales et belles. Il y a des expressions de figures remarquables: deux qui s’embrassent « La bocca mi bacia tutta tremante », c’est tout à fait beau.
Pièce insérée · ajouté entre les lignes
[Rajouté entre les lignes: 1875. Ces deux sont Francesca da Rimini et Paolo.]
On a beau dire, la patrie est toujours la patrie. Tout ce qui est russe est beau. Dans le pavillon russe, j’examinais les choses avec ardeur, j’étais très émue en voyant des noms, des inscriptions, des marchands, des marchandises russes. J’avais les larmes aux yeux.
Dans Vienne, il y a des meubles superbes. Un salon rose et bleu tendre m’a frappée. Fatiguées comme des chevaux de poste nous sortîmes à sept heures, l’Exposition ferme.
Nous allâmes écouter la musique (Paul est à la campagne chez Gutman). Il y a une quantité de monde. La musique est très entraînante, toute viennoise. Quand cet orchestre a fini et nous rentrions, un autre a commencé vis-à-vis le Deutsches Reich. Nous nous assîmes. Il y avait toute sorte de monde, depuis les membres de la famille impériale, les dames à la mode, les dandys jeunes, des dandys passés et vieillis, mais qui ne veulent pas s’avouer vaincus. C’est un tourbillon de gaieté, pas précisément, mais c’est égal. Je suis toute excitée. Je voudrais tout voir, aller partout. Le climat de Vienne est délicieux, ce n’est pas Nice qui brûle en été.
Nous fîmes un tour au Prater à huit heures, l’air est délicieux. Nous avons dîné à l’hôtel.