Lundi 7 juillet 1873

Hier j’étais très irritée, je ne sais pourquoi, j’ai pleuré. Il faisait une chaleur insupportable. Je pris le premier livre venu et je mis à le lire pour me calmer. En effet dans une heure, j’étais tranquille et même gaie. La chaleur m’énerve et encore plus l’ennui. Je n’ai pas envie de sortir, car je ne verrai personne, je m’ennuie dans toute la force du mot.
Aujourd’hui, j’ai pris ma première leçon d’anglais avec miss Elder. Elle enseigne assez bien, mais est un peu jeune et l’expérience lui manque beaucoup, ça n’est pas un défaut. Elle gagne à être connue. Je prends deux heures trois fois par semaine, aujourd’hui j’ai fini à deux heures un quart, le reste trois quarts, nous avons causé, ce sera toujours ainsi et j’espère que je parlerai bien et vite.
La princesse Galitzine a dîné chez nous le soir. Après une promenade en voiture, nous allâmes aux « Folies », c’est-à-dire la princesse, Dina et Paul, moi ne voulant voir que Plessis (l’acteur qui représente trente-six têtes différentes magnifiquement) j’allais avec maman manger des glaces près du café de La Victoire, en voiture, on peut y aller. J’avais l’intention de venir juste à la scène de Plessis, mais je suis venue un peu tôt et j’ai trouvé surtout le vaudeville très convenable (robe grise bien). Puis enfin Plessis, il a très bien fait l’âge depuis vingt ans - cent ans, sans quitter la scène. Les figures les mieux faites étaient Guillaume, Gambetta, Napoléon 1er et Garibaldi. Les autres étaient aussi bonnes peut-être, mais ne connaissant pas les personnes, je ne puis juger. Le fait est que la variété des expressions est remarquable, Garibaldi et Napoléon 1er étaient surprenants; surtout ce dernier, tout à fait le portrait, mais magnifique. Le théâtre est surtout rempli de peuple. Il y avait là les professeurs de russe, anglais, allemand, français etc. Keldal un des créanciers ou espèce de Rodianobre de Mme Galitzine. Elle dit toutes les fois qu’il est amoureux de moi. Comme cela me dégoûte ! Je supporte les femmes professeur, actrice et en général de deuxième et troisième qualité, mais les hommes, je ne les souffre que de première. Je ne puis voir sans dégoût que les hommes de première qualité. Tout le reste me répugne à un tel point que je ne puis les regarder et si, par malheur extrême, je me trouve dans la même chambre, je suis sur des épingles, je suis malheureuse, enfin ils me dégoûtent, voilà !
Après Plessis nous partîmes. Maman et moi allâmes nous promener au jardin par un clair de lune admirable.