Samedi 17 mai 1884

Pour remercier Etincelle je lui ai envoyé des fleurs, elle m’a écrit une lettre charmante et je lui en ai répondu une si bien tournée qu’elle s’est amenée en personne aujourd’hui. Nous sommes aussitôt montées à l’atelier, ça m’ennuyait de faire voir qu’Etincelle est notre amie.
Une fois là-haut elle me fait ses confidences qui se résument en ceci: elle est mariée avec Double, en Allemagne. C’est une situation très fausse mais en somme je trouve que c’est très bien, ils s’adorent, on ne vit qu’une fois.
L’architecte me répond que son frère a des rhumatismes dans les reins et qu’il viendra causer de cela longuement. Il est dit-il très touché du reste « on ne peut pas avoir le talent que j’ai sans posséder un bon cœur. »
Ce soir chez les Clovis Hugues.
Ah ! c’est curieux. Des femmes atroces et des poètes chevelus, des félibres enragés. Lorsque Mistral est arrivé les dames même se sont levées. On a servi à ce malheureux je ne sais combien de morceaux de vers. Mistral ressemble à un beau gendarme.
Il a chanté vingt ou trente couplets repris en chœur par l’assistance.
Il y a eu moins de célébrités que je pensais... En somme il n’y avait que Mistral, Hugues, et Paul Arène, Faure et du menu fretin.
Et moi j’ai fait un tour de polka avec Clovis Hugues !
Après quoi nous partons avec Mme Gaillard qui est dans l’enthousiasme de ce que M. Paul Mantz lui a dit de moi.
La fille de ce grand homme Mme d’Astoin est venue aujourd’hui avec Mlle Acosa.