Jeudi 22 septembre 1881

Il pleut, je fais une marine de ma fenêtre. Vers cinq heures nous essayons d’aller aux courses mais il fait un froid de chien. Après déjeuner nous sommes restées assez longtemps au salon de l’hôtel, maman y a oublie hier le journal russe qui parle longuement de moi (voir l’album de la presse que je suis en train d’organiser) et une dame Russe et son mari ont lu cela et on dit qu’ils ont en effet entendu parler de moi comme peintre de talent, à Naples. Si maman avait été là elle aurait lié connaissance mais elle a la migraine et ma tante et moi avons laissé dire ces choses flatteuses sans lever la tête de nos journaux. La dame est ravissante, le mari est bien et l’enfant joli, ils ne connaissent personne comme nous et ont bien envie de faire connaissance je crois.
Après dîner nous allons encore au salon, j’y lis par contenance, mais nous avons vraiment l’air trop bête en face de tous ces gens qui se connaissent, qui causent, qui vont, qui viennent, je parle des Russes au milieu desquels se prélasse la Basilevitch. Enfin je suis à Biarritz où je rêvais m’amuser, depuis trois ans. Cet après-midi j’avais une robe de drap gris, jupe unie avec une broderie de satin gris découpée et appliquée au bas de la jupe. Corsage Louis XV à gilet pareil à la broderie de la jupe, paniers cousus après le corsage, simplement relevés très en arrière et tombant assez bas. Chapeau de feutre gris, souliers pareils Molière doublés de satin mauve; L’ensemble est d’une simplicité royale.
Hier au soir Coquelin Cadet donnait une représentation au Palais-Biarritz. J’étais tout en noire; chapeau correcte, soyez tranquilles.
Je devais envoyer à Saint Amand des chroniques de Biarritz, noms, toilettes etc. Je ne connais pas un chien qui puisse me nommer qui que ce soit.