Dimanche 15 juin 1879

Il fait un temps étouffant.
J’ai lu quatre cents pages et fini le premier volume de M. de Loménie sur les Mirabeau, tout en posant pour Anna Nordgren.
Cela m’amuse comme si je... et même quand on parle de l’hôtel Mirabeau je souris comme si je venais de faire la connaissance d’un Mirabeau qui serait quelque chose de moderne et d’intéressant.
Madame Gavini est venue apporter deux billets pour demain.
Le portrait de Jeanne est fichu puisqu’elle est obligée de partir. Tant mieux, j’avais mal commencé.
On m’a dit d’abord que Cassagnac avait mené sa femme dîner en ville et puis que pas du tout, et qu’il avait une nouvelle maîtresse adorable dont il est fou, et qui a un mari très riche. Cette nouvelle beauté a été dénichée par son ancienne je ne sais qui, Marie Presseq .
La dernière nouvelle me plairait assez, les vices de Mirabeau excusent les vilenies de Popaul.
Mais il faut être sage et me préparer à entendre dire que Mme de Cassagnac est reçue. Cela doit arriver et il est sage je le répète de me le persuader pour ne pas trop en rager après.
Pour le moment j’envoie promener tous mes soucis et je suis bien décidée à travailler.
Julian est un grand homme quant à la façon dont il entend les devoirs qui m’incombent, il dit qu’il faut que j’arrive justement parce que... Nous nous entendons, aimable postérité n’est-ce pas ?
Il faut commencer l’année prochaine, dit toujours l’illustre Directeur des Folies-Julian.
Oui, c’est convenu et vous verrez bien grand-père Julian que j’ai du sang dans les veines.
En somme vous m’excitez pour l’argent que je rapporte et l’honneur que je rapporterais à l’atelier, qu’importe ! Et puis que je travaille bien ou mal vous êtes payé tout de même.
Vous verrez ! et si je ne suis pas morte... Le cœur me bat et j’ai la fièvre en pensant qu’il ne me reste plus que quelques mois.
Je travaillerai beaucoup, autant que possible tout le temps ! Demain j’irai à Versailles mais si je ne manque que pour aller à Versailles cela ne sera pas énorme, tout au plus, tout au plus une après-midi par semaine.
Julian a déjà constaté une reprise de travail respectable, il va voir et je ne manque jamais de faire ma composition hebdomadaire. J’ai un album où je les projette, numérote et intitule en marquant la date de chacune.
Avec tout cela j’oublie de dire que j’ai monté à cheval ce matin accompagnée de ma voiture et de l’aîné Karageorgevitch.