Vendredi, 28 février 1879

J’ai rêvé que Cassagnac venu en visite chez nous s’était brûlé tout entier comme la poupée du carnaval mardi dernier. J’étais toute perplexe et ne savais comment dissimuler qu’il était venu, pour qu’on ne pensât pas que nous l’avions exterminé.
Figurez-vous que ce matin Paul a reçu une lettre de Mlle Eristoff ou celle-ci lui dit toutes sortes d’injures. Si j’avais écrit une chose semblable, me déchirerait-on assez dans ma bonne ville de Nice ?
A cette lettre dictée par la Tutcheff voici notre réponse.
Mademoiselle, Je suis vivement et profondément peiné qu’on vous ait contrainte à écrire la lettre que vous m’avez écrite. Mais en même temps je m’en félicite, parce qu’elle me donne le moyen de vous prouver que je suis un galant homme. Cette lettre entre les mains d’un autre vous aurait peut-être gravement compromise malgré votre titre sacré d’orpheline. Quand aux succès que j’ai pu avoir grâce à mon « museau’' comme vous me le dites avec une si charmante originalité, je vous respecte trop pour vous les énumérer.
Agréez Mademoiselle l’expression de ma plus haute considération de mes hommages que j’ai l’honneur de déposer â vos pieds.
Paul Baskirtseff
Cette lettre nous a été renvoyée.
Bihovetz vient et nous lui racontons l’affaire, alors il raconte... mes prévisions se sont réalisées. La Tutcheff est toute la journée chez le consul et ils vont ensemble chez le procureur et tous les diables de l’Enfer..
Alors nous écrivons au consul. Paul irait bien le voir mais comme Patton l’a connu enfant et ne manquerait pas de le prendre de haut, il y aurait encore un autre genre d’histoire. Bihovetz a conseillé d’écrire:
Monsieur le Consul, Vous avez sans doute connaissance de l’affaire que j’ai eu avec le prince C. Eristoff.
J’avais des griefs personnels contre M. Eristoff et je l’ai insulté verbalement à la tribune de la Préfecture mardi dernier.
Note des éditeurs
[Manque dans le manuscrit p. 96 à 98]
Nous avons dîné au London House avec Bihovetz et puis nous allons au Théâtre français où il y a le public d’hier, le tout Paris voyageur. Je me cache derrière Dina, je me sens laide. Je suis très fatiguée et j’ai la fièvre, car je crois que c’est la fièvre quand on a froid toute la journée et quand on se sent toute faible. Paul a écrit à Scotti et à Des Pierrière pour les prier de venir chez lui. Des Perrières n’a encore rien répondu, il n’était peut- être pas rentré; et Scotti s’est excusé en écrivant qu’il était vraiment désolé, qu’il ne pouvait aller chez lui et qu’il lui dirait pourquoi. Je ne comprends pas bien. Paul m’a assuré à plusieurs reprises que ces messieurs ont été très aimables et ont accepté avec empressement de l’aider s’il en avait besoin. A présent. Comment faire et que faire ? Les bras me tombent. Si c’était moi, je serais allée partout et puis j’aurais vu, compris, parlé. Mais c’est Paul ! Il a su commencer et il ne sait plus rien. Maintenant qu’il s’est jeté là-dedans il faut continuer et je fais tout au monde pour cela. Mais le pauvre garçon est abattu.