Jeudi, 27 février 1879

Au London House, Paul a vu Des Perrières et le comte Scotti qui lui ont conseillé d’écrire une lettre. Parce que voici la chose. Ne voyant rien venir nous serions partis et Eristoff aurait le prétexte de dire que Paul l’a insulté et qu’il s’est sauvé après. Alors Paul a imaginé de lui envoyer quelqu’un pour lui dire qu’il loge à l’hôtel du Parc et qu’il reste à Nice jusqu’à samedi. Ces messieurs n’ont pas approuvé cette idée et ont opté pour la lettre que voici et qui est hélas ! de moi.
Monsieur, Je vous cherchais depuis quelque temps déjà pour vous demander raison de l’infamie que vous avez commise en volant une lettre écrite par moi et en l’interprétant d’une façon odieuse. Venu au mois de janvier dernier à Nice dans le but unique de vous rencontrer, je n’ai pas eu cette chance tellement vous aviez pris soin de vous cacher. Ce n’est que mardi dernier, à la faveur d’un domino que j’ai eu le plaisir de vous approcher et que me démasquant en pleine tribune de la Préfecture je vous ai insulté pendant un quart d’heure. Il paraît Monsieur que vous ne vous considérez pas encore comme assez insulté, j’ai donc l’honneur de vous expliquer que par mes paroles je vous ai donné un soufflet moral.
J’espère Monsieur que vous ne me mettrez pas dans la cruelle nécessité de vous en donner un plus matériel. Je ne vous cacherai pas que j’ai la plus grande répugnance pour les voies de fait auxquelles seules pourtant vous paraissez être sensible.
J’attendrai Jusqu’à demain dix heures.
A cette lettre Eristoff a répondu que la police serait avertie.
Qu’en dites-vous ?
Nous sommes donc allés, Paul et moi chez le Commissaire central; je suis restée dans le fiacre et Paul y est allé et ce particulier a promis de nous avertir s’il y avait quelque chose.
J’ai peur d’une chose moi, j’ai peur que se cramponnant aux souvenirs de M. Georges les Tutcheff ne veuillent montrer Paul comme un continuateur de cet homme maudit et qu’ils n’inventent qu’il veut souffleter ou battre une femme comme a fait cette exécration de Georges avec la Tolstoy.
Maman est souffrante, Gautier ne viendra pas. Nous allons donc avec Dina, Paul et Dourassoff vient aussi. Deuxième soirée Patti. « Faust ». Eh bien... j’ai admiré mais je n’ai eu ni plaisir ni émotion. Paul se posait en héros ignorant et ne prévoyant pas de quel côté ces lâches tourneraient la chose. Moi j’étais élégante mais fatiguée et laide.
Marcuard est venu dans la loge puis Barnola. Lewin étant chez Marcuard, (à côté de nous) m’a parlé, j’ai dû lui répondre par conséquent. A la sortie j’ai de nouveau souffert de voir tous ces gens qui se connaissent, qui sont gais et tranquilles.