Mercredi, 29 janvier 1879

Toute la journée je pense à une mer bleue, des voiles blanches, un ciel tout de lumière...
Note des éditeurs
[Bas de page blanc]
En rentrant de l’atelier je trouve Potechine. Ce vieux champignon dit que dans une semaine il va à Rome et tout en causant nomme Katorbinsky mon professeur et d’autres... Et moi je me sens pâmer devant cette perspective de soleil, de vieux marbres dans la verdure; Ruines et satues, églises. La campagne romaine !
Ce désert, oui mais je l’adore ce désert et il y en a Dieu Merci d’autres qui l’adorent aussi. Cette atmosphère divine, artisitque. Cette lumière qui quand j’y pense me fait pleurer de rage d’être ici. Je connais des peintres là-bas !
Il y a trois catégories de gens. Les premiers aiment tout cela, sont artistes et ne trouvent pas que la Campagne soit un affreux désert froid l’hiver et brûlant l’été. Voir bas de page 35
Les seconds qui ne comprennent pas les autres et ne sentent pas les beautés mais qui n’osent pas l’avouer et tachent de paraître comme les premiers. Ceux-ci ne me déplaisent pas trop parce qu’ils comprennent qu’ils sont nus et désirent se couvrir. Les troisièmes enfin qui sont comme les seconds moins ce bon sentiment. Et ce sont ceux-là que j’exècre parce qu’ils dénigrent et glacent. Ne sentant et ne comprenant rien eux- mêmes ils affirment que ce sont des bêtises et se vautrent mauvais, méchants et dégoûtants en plein soleil.
Et ici., ici c’est Paris.