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Mardi, 31 décembre 1878
Les manèges qu’emploie mon père pour emmener Paul que je désire garder jusqu’à la fin de janvier, sont inqualifiables.
Il le tourmente et lui fait entrevoir une année de pointes d’épingles en cas de désobéissance... désobéissance ! il ne peut y en avoir, car il ne dit pas: je veux, mais: comme tu veux. Et puis des méchancetés et des perfidies sans fin. J’ai écouté à la porte de la salle à manger pendant que le père et le fils se concertaient.
En rentrant d’atelier j’ai pris de Daillens pour rencontrer la nouvelle année ensemble. Ma famille était au théâtre. Nous avons fait des bonnes aventures puis du champagne et du thé.
J’ai acheté une paire de bretelles et un cigare de deux sous pour les envoyer à Mme P. de Cassagnac. Cette petite infamie ne fera qu’envenimer les choses.
Le procès en diffamation a été jugé, naturellement on a condamné les cinq ou six journaux qui avaient colporté et commenté la nouvelles mais quel scandale ! « Le Patriote Niçois » met opposition au jugement et déclare avec une modération inutile qu’il espère prouver qu’il était de bonne foi. Non, voyez-vous, non, voyez- vous, non plus on fait plus il y a de retentissement. Il valait peut- être mieux ne pas poursuivre ? Le principal délit c’est qu’on a annoncé un procès, donc fausse nouvelle. D’ailleurs voici le compte-rendu.
Note des éditeurs
Le Figaro du samedi 28 décembre 1878, dans sa rubrique « Gazette des tribunaux » donne copie du jugement rendu par la 8e Chambre correctionnelle: Le tribunal./ Attendu que dans les articles incriminés, il est fait allusion à une prétendue instance civile introduite par le demandeur contre sa femme; que cette instance n’existe pas et que par conséquent, le délit de fausses nouvelles est établi../ Attendu, en outre qu’en faisant connaître les circonstances dont ils parlent, les prévenus se sont livrés à des commentaires les plus outrageants, les plus odieux, et de nature à nuire à la paix si respectable d’un ménage./ Par ces motifs./ Les condamne chacun à quinze jours de prison et mille francs d’amende.
Voilà un bien triste procès vraiment. Il l’a voulu. Il n’y a pas de fumée sans feu... pourquoi aurait-on inventé cela plutôt qu’autre chose ? Elle prête terriblement à des suppositions de ce genre savez-vous ?Dans tous les cas il est impossible qu’il l’aime. C’est une compagne, une femme de ménage, un pot-au-feu. Il arrive un moment où l’homme est fatigué de sa liberté qui devient de l’isolement et où il lui faut cette fin bourgeoise. D’ailleurs qui me dit que le Défunt Monsieur Julia ait jamais été un être poétique ? Enfin Il ne l’aime pas; c’est déjà quelque chose. Il n’a jamais été vraiment amoureux, c’est encore certain, il l’a annoncé et Blanc ne lui a jamais connu que des maîtresses de chaque jour qui duraient deux, trois et quatre ans; ou bien alors des dames du monde par ci, par là. Voilà un bel idéal.
Il n’est pas mon idéal, j’ai seulement cru que je pourrais, que j’allais l’aimer, voilà tout.
J’y pense encore... pas à lui précisément... mais je me fais une seconde existence dans laquelle il vient tel que je l’imagine et je vous avouerai franchement que je m’ennuierais fort si je ne m’arrangeais ainsi une autre vie à côté de la vraie. Là je suis toujours heureuse et rien ne peut détruire mes rêves.