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Vendredi, 29 novembre 1878
Je rêve que Walitsky revient et que Dina et Rosalie mortes reviennent aussi. Je les supplie de s’en aller: Vous êtes morts, allez-vous en, j’ai peur !
A ce cauchemar succède un autre où Cassagnac me prend le bras, à peine avais-je mon bras passé dans le sien que sa joue vient s’appuyer contre la mienne avec un tel sentiment de réalité que je le sens encore.
Je ne travaille pas, je ne peux rien faire, je me sens démontée... Ecoutez ! Maman, ma tante et Dina ont attrapé Cassagnac sur un boulevard quelconque et lui ont reproché d’avoir si mal agi envers des amies qui elles ne sont et ne seront jamais changées etc.
A cela le grand homme répond qu’il nous adore mais qu’il s’est tenu éloigné à cause d’une quantité de lettres anonymes qui lui disaient des horreurs de sa femme et du bien de moi ajoutant que je suis amoureuse folle de lui et tout... ce que vous savez.
Ces dames ont ri et ont dit que c’est absurde, qu’elles sont les mêmes et que moi j’ai trouvé sa femme fort sympathique.
- Où l’a-t-elle vue ?
Il s’est éloigné pour éviter l’ombre d’un soupçon à ces enfants. Dites-le lui bien à elle, dites-lui tout cela.
Un air absolument paternel.
Ma tante avait d’abord détourné la tête mais au son de cette voix toute la sévérité a fondu comme la glace au soleil...
Madame de Mouzay a paraît-il écrit aussi dans le sens des lettres anonymes que : « j’épouse une fille sans nom tandis qu’il y en a une, elle, qui m’adore etc. Il a chargé Blanc de rechercher la vérité.
En ce moment passe Blanc et s’enfuit à la vue de son patron causant avec ces dames.
D’ailleurs, dit-il, si c’était vrai, il s’en serait aperçu; elle me l’aurait dit. Il aurait vu ça tout de suite. Maman rit et lui demande si cela me ressemble et il répond que non: je la connais bien moi. Jamais elle ne m’a rien témoigné qui puisse...
Bref, ces femmes-là ont dû avoir une peur violette, en outre elles ne savent pas assez redire les moindres choses pour que je puisse savoir ce qu’il a dit. En outre elles ne me diraient rien qui pût me blesser vraiment, elles arrondissent les coins... je ne donnerais pas dix sous de leur sténographie. Mais vous vous faites bien un peu l’idée de la rencontre. Ce qui me charme c’est le rôle de Blanc !
Et Cassagnac est vraiment un preux du Moyen Age . De deux choses l’une. Ou ce n’est pas vrai, ou c’est vrai. Si ce n’est pas vrai il n’avait ni à « craindre une explication qu’il désirait », ni à s’éloigner. Ou c’est vrai et alors il est vraiment lâche d’en informer Blanc et les autres.
Nos dames ont commencé par m’annoncer pour dimanche M. et Mme de Cassagnac à dîner. Alors j’ai poussé des cris faisant l’enfant et répétant cinquante fois: je ne veux pas dîner avec la fille d’une cocotte ! La vérité est que j’ai été absolument déconcertée et ne savais plus comment j’allais faire. J’ai songé à une rencontre mais plus tard, quand je serais un grand peintre ou très bien mariée...
Mais comme ça... non, ce n’est pas amusant. Et qu’est-ce que je pourrais dire à Cassagnac marié ? Si j’étais mariée aussi les chances seraient égales au moins.
D’ailleurs je n’ai pas eu le temps d’étudier mes impressions je vais au Vaudeville ou on donne « Monjoye » avec les Gavini...
Je suis en chapeau Rembrandt et très intéressante. La pièce m’a entièrement occupée... J’ai pourtant consulté Mme Gavini sur la probabilité d’une présentation, car il paraît qu’il va nous la présenter. Elle m’a dit que la jeune Acard ne lui inspirait pas beaucoup de confiance et nous en avons ri.
Voyez-vous ce Blanc infime, cette Mouzay impure qui ont mis leurs pattes dans mes affaires les plus intimes. Et ce grand Cassagnac. O vrai il est bête. Je voudrais le voir tout de même, nous en causerions, je lui dirais quelque chose d’amusant et, mais j’ai trop sommeil...
Tout cela est très curieux, je ne puis pourtant rien en dire ne sachant pas comment il a été.
Nos dames ne m’inspirent pas trop de confiance. C’est cette lecture de la vie d’Ingres qui m’a retardée, au lieu de vous raconter les grands évènements, jai lu.