Mercredi, 13 novembre 1878

Robert-Fleury est venu le soir. Il serait fallacieux de vous répéter les encouragements qu’il me donna après une longue leçon; si ce que ces gens-là disent est vrai vous savez (à l’heure ou vous lirez cela) à quoi vous en tenir sur mon compte. Seulement cela fait plaisir quand même de voir qu’on vous prend absolument au sérieux. Je suis bête... J’ai les plus énormes espérances et quand on me le dit j’ai l’air de l’avoir ignoré moi- même et me rend transportée joie, et me dis: tu vois bien puisqu’ils le disent et toi qui te croyais une brute.
J’en suis étonnée et radieuse comme un monstre qui se saurait aimé de la plus belle des femmes.
Je ne suis pas fâchée de n’être pas allée aux Variétés où il y a un spectacle pyramidal au bénéfice de Judic. Le spectacle ne m’aurait rien donné, nous aurions été dans des fauteuils, voilées, nous cachant; tandis que pendant la leçon de ce soir j’ai appris beaucoup; Robert-Fleury est un excellent professeur, il vous conduit pas à pas de sorte que vous sentez à chaque pas le progrès que vous faites. Ce soir il m’a traitée un peu comme une élève qui a fait ses gammes et à laquelle on donne à jouer un morceau, il a soulevé le coin du rideau et m’a montré un horizon plus vaste... C’est une soirée qui comptera dans mes études.