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Samedi, 5 octobre 1878
Doenhoff a déjeuné avec nous, essayé ma pelisse, fait le gentil. En rentrant d’atelier je l’ai trouvé au salon, Mme Coubé aussi.
Mais c’est aujourd’hui que Robert-Fleury vient corriger à l’atelier. Eh bien j’ai eu une peur affreuse.
Il a fait ah ! ha et oh ! ho, sur plusieurs tons différents et puis:
- Vous faites de la peinture ?
- Pas tout à fait Monsieur, je ne peindrai qu’une fois par mois...
- Non, vous avez raison de commencer, vous pouvez peindre. Il y a du bon, il y a du bon...
- Je craignais n’être pas assez avancée pour peindre...
- Non, du tout, vous êtes assez avancée; continuez, ce n’est pas mal... etc. etc.
Et là-dessus une longue leçon qui prouve que ce n’est pas sans espoir comme on dit à l’atelier. On ne m’aime pas à l’atelier et à chaque malheureux succès Breslau a des regards furieux tout à fait risibles.
Mais Robert-Fleury ne croit pas que je n’aie jamais appris à peindre. Il est resté longtemps corrigeant, causant et fumant comme s’il était Carolus. J’aurai reçu plusieurs conseils extra et puis cet imbécile m’a demandé comment j’ai été placée au dernier concours de l’année passée. Et quand je dis deuxième.
- Et cette année, dit-il, il faudra... hum ?
C’est si bête, il a déjà dit à Julian qu’il pensait que j’aurais une médaille.
Enfin me voilà sans aucun tirage, autorisée à peindre la nature sans avoir peint des natures mortes; je les passe comme j’ai passé les plâtres.
Doenhoff avait accompagné nos dames à l’Exposition, à la porte, on voit Mme Randouin, qui était sous-préfète du temps où les Gavini faisaient si grandement les honneurs à toutes les têtes couronnées qui ont défilé à Nice, Doenhoff l’a connue encore alors.
- Voici Mme Randouin, lui dit maman.
Elle l’a entendue et aussitôt s’approcha de la voiture et commença mille choses aimables, qu’elle est bien heureuse d’avoir été appelée par Madame, que Mme Gavini lui a tant parlé, qu’elle nous connaît si bien de Nice, qu’elle est enchantée de faire connaissance etc.
Madame Gavini m’avait bien dit qu’Odette désirait faire notre connaissance.
Mme Randouin peut avoir trente-cinq ans tout au plus, elle après avoir été est tout à fait belle, après avoir été tout à fait jolie. Je crois qu’elle s’amuse beaucoup mais le mari est toujours là et c’est une dame que l’on reçoit.