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Mardi, 13 août 1878
Je chante depuis deux jours « l’oiseau s’envole » parce qu’il n’y a pas jusqu’aux laveuses de vaisselle qui ne chantent. On dit que l’on se marie.
Dourassoff est idiot, il me raconte peu à peu ce qu’ils se disent avec les princes auxquels je tourne systématiquement le dos et qui paradent devant moi comme je paradais devant eux. J’affecte de les éviter s’ils se mettent sur mon chemin; à table déjà je suis devenue tout à fait comme il faut et j’ai raillé doucement les gens qui viennent faire du genre à Soden et qui trouvent mauvais qu’on s’y promène sans chapeaux et qu’on y fasse des folies... où en ferait-on ?
Je m’étais bien promise de jouer la comédie qu’a jouée la petite tante avec Multedo. Les princes étaient une occasion excellente... Je n’y ai pas pensé, c’est dommage ! Je les évite à présent mais c’est un peu tard.
Ils ont fait ma caricature avec le vieux prince et le petit Nick et des poules.
Thilenius me demande des nouvelles de Gans et m’assure que je pourrais bien recevoir un bouquet de roses noires entourée de plumes d’oie.
Je n’ai franchement pas envie de partir... Cet après-midi j’ai été comme fâchée contre moi... je regrettais... trop Soden et j’aurais voulu avaler l’hiver pour revenir l’été prochain dans mon Soden. A force de blaguer je crains qu’il ne m’arrive quelque idée stupide... et puis il faut absolument que je sois plus tranquille... Je me conduis comme une folle; tout le monde ne le prend pas du bon côté et j’en ai des remords cuisants, ensuite quand j’entends qu’on dit quelque chose de moi.
Savez-vous qu’aujourd’hui vers trois heures de l’après-midi j’ai préféré pendant plus de vingt minutes Schwarz à Cassagnac... quand je vous dis que ma cervelle est endommagée et que mon intelligence a une catarrhe des plus opiniâtres.
Vous savez pourquoi je reste ?! Parce que je ne veux pas qu’Abaza se fasse présenter les Gans par Dourassoff, nous sortirons le même jour que ce charmant homme si spirituel. Cette détestable femme l’a sous sa pantoufle, et finira par le marier avec sa fille dès que celle-ci aura seize ans, ça m’est égal, mais je ne veux pas que Dourassoff lui présente mes Gans chéris.
Voici je crois une réponse à ma caricature envoyée par poste, je ne crois pourtant pas que ce soit le genre de Schwarz. Cela m’a l’air de venir d’une femme et d’une femme anglaise. C’est peut-être l’anglaise qui se promène avec les Gans et qui était représentée sur la caricature... une cocotte je crois. Mais d’où saurait-elle ce que je chante. J’ai visité les écritures du Kur- list et je n’y vois rien de ressemblant... Si c’est Schwarz je ne m’étonne que de la lenteur qu’il a mise à m’écrire des bêtises... au fait non, ma caricature a donné le signal.
La soirée se passe comme tous les jours, assis autour d’une table sur la terrasse, nous nous disons des choses folles.
Le fabricant de bière, le fou, le journaliste, la colonelle, le baron sont partis. Il n’y a que des gens de passage qu’on voit peu et nous. Nous et les Coubé et Dourassoff. Mme Abaza et le prince, mais ces deux ne logent pas au Kurhaus. Le prince y dîne pourtant... il s’abat vers une heure sur la terrasse et s’envole vers trois pour revenir le soir.
Je suis une colombe ! Les colombes n’ont jamais rien à faire avec les oies.
Je chante « l’oiseau s’envole » et on profane cette céleste musique par une plaisanterie... bien, je ne sais pas de chanson sur les vies mais lorsque ce soir les Gans passèrent devant nous, je me mis à fredonner cet air distingué :
Quand les canards vont tous en tas, C’est qu’ça leur plaît, Ça n’vous regarde pas ! Ils n’s’inquiètent pas d’notre société. Laissons-leur donc la liberté...
Rosalie est encore venue me dire des folies... je ne veux rien croire bien que j’en aie très envie.
Schwarz a les yeux bleus et ils m’ont paru moins beaux ce soir...
L’Anglaise a vu que je la portraiturais sur le balcon... elle s’est promenée en vain ce soir... mes Gans l’ont laissée seule et se sont promenés entre eux. Je les ai vus à la Poste, ils n’y vont jamais... c’est Schwarz qui a écrit la lettre...
Je vous dis que ces derniers jours nous nous amusons à la folie et c’est excessivement piquant de ne pas se connaître..
Oui, mais...
Ils ont fait une autre caricature de moi. Ça mord... enfin, Dieu Merci, songez-donc depuis quatre semaines, non trois semaines on s’en moque à toute vapeur.
Ils parlent de moi à Dourassoff... qui est idiot quand à eux il leur est permis d’hésiter quoique... Enfin !