Samedi, 3 août 1878

Grâce à cette sœur personne à dîner, mais en allant chez Thilenius j’en vois un, le noir avec la princesse, dans le parc. Alors je trouve Dourassoff et nous allons passer devant eux. Je vais ensuite me promener avec tout le monde et nous rencontrons de nouveau le frère et la sœur. Mme Antonsky me fera croire que je suis très-occupée de ce prince, elle s’en amuse et moi je plaisante et bavarde d’Auguste. M. Mühle prétend que c’est arrangé pour nous... Vous savez que ce soir il y a bal et que ce pauvre Mühle qui est toujours ivre se promet une fête colossale.
Bien entendu nous y allons tous A peine installés que voilà un monsieur que j’ai vu une ou deux fois le matin conduisant un étrange tilbury avec un petit groom... à la livrée marron et un chapeau qui n’était soutenu que par le nez du petit qui avait toutes les peines du monde à y voir, ce monsieur donc arrive et se présente. C’est le baron de je ne sais quoi, fils de je ne sais quelle autorité du pays, grand seigneur à ce qu’on me dit. Mais je refuse de danser et comme il insiste j’essaye de lui prouver que la danse nous dépouille de notre dignité, que cet exercice est une des grandes preuves de la décadence de la grande famille humaine, que l’humanité... bref je lui parle tout à coup politique puis de la guerre d’Orient et finalement je demande s’il connaît Mme Antonsky et les princes de Hohenlohe. Il ne connaît pas Mme Antonsky et les princes de Hohenlohe et nous quitte en emportant mes plus aimables sourires.
M. Mühle est vexé car en refusant de danser avec un jeune homme si blanc et si rose j’ai vexé ce jeune homme qui est aussitôt parti de Soden pour Konigstein.
Il n’avait pas le choix, outre nous il y avait cinq ou six dames à l’air et puis des hommes.
On a de bonnes idées mais pas d’énergie. Le Docteur propose de faire jouer une polonaise et de l’exécuter à nous seuls; puis on veut faire jouer l’hymme russe et de défiler en triomphe. La sortie a du reste été assez réussie, aux sons du galop nous avons quitté la salle deux par deux en galopant un tant soit peu... M. Mühle tout à fait ivre quitte la cave et Mme Mühle quitte sa cuisine, ils vont se rencontrer dans les corridors et je crains que madame ne donne une chasse à monsieur à cause de la trop mince recette. Je n’ai pas besoin de vous dire, quelque Dourassoff que vous soyez, que tout le monde a été habillé comme le matin et que j’ai pris du thé en tournant le dos à des Allemands qui pour la plupart avaient leurs pantalons retroussés.
Mon prince n’y est même pas entré, ce n’était rien pour lui, à peine était-ce possible pour une cohorte de douze à quinze personnes.
Ah ! Soden. Dourassoff égaye la situation. Il pleuvait, il rentre et se plaint d’être tout trempé: J’ai sali et mouillé mon pantalon ! dit-il dans ce genre tous les jours.
Je voudrais bien trouver l’allemand mélodieux... je le supporte à peine parlé par mon prince... ce pauvre prince est bien, bien malade.