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Dimanche 14 avril 1878
Nous sommes allées en noir, à l’église, je profite de cette semaine où Schaeppi va enfin finir mes portraits, pour faire mes dévotions. Et puis je vais avec Marie à la Madeleine d’où nous ramenons Mouzay. Elle me dit que je suis à côté de mon vrai rôle et Cassagnac aussi, que je fais des bêtises, et qu’il ne me prend pas au sérieux, que je ne remplis pas du tout les conditions du programme qu’elle lui avait présenté, bref que je me noie dans les inutilités tandis que je pourrais jouer tous les rôles imaginables, être une Mme Récamier enfin, être mieux ! Mais c’est que je suis bien de son avis, je le lui dis, je fais ma toilette devant elle, je suis prête à ... enfin en deux heures je passe par toutes les hauteurs, et me ravage tellement l’esprit que me voilà tout à fait je ne sais où et comment. M. d’Alt sort d’ici. M. Multedo vient d’entrer.Puis MM. de Plancy et Goldsmid. Multedo a commencé par faire la cour à Dina espérant que j’irai comme hier et comme avant le prendre, mais je l’ai laissé puisqu’il y avait Plancy qui est aussi bien que lui, de sorte que voyant que je ne le regardais même pas, la conversation s’alanguit et finit par finir et par devenir pesante et ennuyeuse à tous les deux pendant que je m’amusais avec les autres en remarquant du coin de l’œil les phases par lesquelles passaient le fichu député et la pauvre Dina qui en riait en dedans. Bref il est parti le sourire aux lèvres et les yeux baissés, vous savez bien ce sourire confus, gêné, pitoyable...
Je l’ai humilié à mes yeux... il se consolera pendant ses vingt-et-un jours de service militaire. Je n’y vais pas de main morte. Et le salon politique de Mouzay... C’est que cela me bouleverse l’esprit et me donne la fièvre. Je suis bonne !... Si cela se faisait je n’aurais plus rien à désirer et ce ne serait pas naturel. Cela aurait pû être facilement, malgré tout. Si Cassagnac me voyait avec les yeux de l’autre., oui , mais voilà ! J’avais envie de me faire voir à Cassagnac toute la journée, j’étais gentille en noir, à Cassagnac, j’ai commis la lâcheté d’aller à la Madeleine j’aurais commis celle de me promener à pied dans les Champs-Elysées si tous ces gens n’étaient venus... et une fois partis, Dîna, Marie et moi, assises auprès d’une croisée-balcon, par un lever de lune tout poétique, nous nous sommes mises à les éplucher si froidement, si cyniquement... c’est égal, mon salon politique....
Mon Empereur ! c’est le cas de le dire.
Blanc est venu le soir, Blanc transformé, rajeuni, retapé, ce que c’est que la réconciliation. Il ne fait qu’en parler, il y a huit jours il n’en disait que du mal.
Pensez-donc quelle horreur ! Cassagnac a assez de sa femme hongroise et désire se marier ! A ce propos Dina se dit folle de lui et nous en causons. Blanc prétend que les caractères comme Popaul et moi feraient une union idéale ou bien se jetteraient les carafes et les verres à la tête.
Union idéale... non, car j’en aurais si peur que... que je ferais de ma peau un tapis pour ses pieds.
Je ne puis bien juger de rien, je ne sais si [je] ne mentirais pas en disant qu’il se passe en moi quelque chose d’étrange pour employer le terme technique dans des circonstances analogues. Si j’étais riche !!!! A propos de richesses voyez-vous Paul de Cassagnac, cet espèce de grand homme, chercher une dot ?! Si cela arrivait ce serait à désespérer du monde entier ! Mais ce serait hideux, horrible ! Un homme comme lui ne doit pas se marier. J’ai parlé devant Blanc, sans me gêner ayant annoncé et répété que je n’étais plus femme et que je regardais tout cela du haut de la montagne. C’est la vérité, allons donc !!
Vous savez... il y a des pensées que je n’avoue pas à présent.
C’est-à-dire il y a Cassagnac. en travers Que trop. Et j’aurais eu Cassagnac. 1880
Pauvre grand-papa, il prend intérêt à tout, et souffre tant de ne pouvoir parler. Je le devine la mieux, il était si heureux ce soir, je lui ai lu les journaux et nous avons toutes causé dans sa chambre. C’était pour moi une peine, une joie, un attendrissement.
Et maintenant mon dépit, ma rage, mon désespoir n’ont pas d’expression dans la langue humaine !! Si j’avais dessiné depuis l’âge de quinze ans je serais déjà célèbre !!!
Comprenez-vous ?!!