Lundi 25 mars 1878

Nous sommes en concours. Une femme qui ressemble un peu à Croizette.
J’ai une assez bonne place et je crois que je suis en train. Je compte d’ailleurs ne pas me fatiguer en veillant tard.
Robert-Fleury est venu ce soir, il est très content de moi décidément; il m’a questionnée sur l’anatomie et naturellement j’ai répondu sans hésiter.
Mais ce qui est charmant, c’est que Madame ma mère est indignée et me dit un tas d’insultes parce que je ne trouve pas tout simple que Georges reste dans la salle à manger. C’est le comble de la stupidité.
En quinze jours tout doit être oublié jusqu’à des nouvelles scènes, de nouvelles horreurs, de nouvelles hontes.
- Il m’est désagréable, dit-elle, que lorsqu’il est malade et il faut vraiment être une folle, une paysanne, un monstre pour s’acharner contre un homme qui ne fait rien.
Cassagnac m’envoie des billets avec le mot que voici, épinglé à la page. Il fait froid, ce n’est pas lui qui le dit, mais moi.
[Lundi 25 mars 1878] Voici, Chère Mademoiselle, les billets que vous m’avez demandés
- c’est pour la séance de demain Mardi.
Votre bien respectueux et dévoué,
Paul de Cassagnac
Je suis tout à fait résolue à le laisser tranquille, ce qui calme toutes mes inquiétudes. Je vais donc me consoler à l’atelier s’il y a besoin de consolations, dans tous les cas j’y vais pour occuper un esprit turbulent qui ferait des malheurs s’il n’était pas absorbé. L’atelier pour moi c’est une réponse à toutes mes inquiétudes, à mes impatiences, à mes exigences, à mes chagrins.
Je vais vous dire une chose encore... c’est que comme mon billet à moi était sérieux il est naturel que le sien soit dans le même ton.
C’est odieux d’être comme moi, mais je remercie Dieu d’être sage et de n’être amoureuse de personne. Si je l’étais je me tuerais de rage.