Mardi 26 mars 1878

A sept heures et demie j’ai bu une demi-tasse de lait, puis j’ai travaillé et comme il n’était que temps d’aller à la gare lorsque ma toilette (après l’atelier) était faite, je suis partie sans déjeuner avec Etienne, sa femme et Alexandre.
Nous ne rentrons qu’à huit heures, je m’étais acharnée à rester pour voir la fin du discours de M. d’Egremont qu’il lisait dans un million de pages décousues et plus il lisait plus il y avait de ces pages. Je parie que personne n’a rien entendu.
Mes impressions se résument en ce billet :
Barbare ! Puissent ces lettres quotidienes vous causer le dizième de fatigue que m’a causé la séance d’aujourd’hui ! Que vous ai-je fait, cruel, pour que vous choisissiez un pareil jour pour m’envoyer des billets.
Ma petite tante qui était avec moi était si exaspérée de voir un député pendant près de trois heures sans bouger de la tribune qu’elle a failli être prise de folie furieuse et se faire en wagon une mauvaise affaire avec deux vieux sénateurs.
Puissent ces mots vous trouver au milieu de la nuit, troubler votre repos, vous faire rêver des choses les plus épouvantables, du député d’aujourd’hui par exemple et puissiez-vous hériter de son éloquence !
Que je n’oublie pourtant pas de vous remercier car enfin vous auriez pu [ne] rien m’envoyer du tout, ce dont j’aurais été aussi fâchée que de la séance d’aujourd’hui.
Berthe vient bavarder le soir.