Vendredi 15 mars 1878

Pendant que nous dînions M. Georges a traversé la chambre pour entrer chez son père. Il aurait pu choisir un autre moment. D’abord j’en fus saisie et puis furieuse je suis allée fermer à clef la porte mais avec l’idée de la rouvrir, mais... mais on crut que « j’enfermais le malheureux vieillard » et je n’ai pas voulu le faire supposer en vain et j’ai gardé la clef. On ouvrit une autre porte, ce qui arrangeait tout mais Madame ma mère se mit à crier et à faire une scène où j’avais le rôle le plus monstrueux bien entendu puisque je sequéstrais un mourant et ne voulais pas qu’on lui servit son dîner. Bref on m’accabla des plus odieuses injures auquel je répondais d’un ton épouvantablement froid et insolent qu’une autre serait déjà tuée pour ce que vous dites, mais vous êtes ma mère et je vous dois du respect. Je suis bien aise qu’il y ait quelqu’un pour voir ce que vous me dites à cause de Georges et comment vous cherchez à créer une querelle entre nous, vous cherchez à vous faire insulter par moi pour dénaturer l’affaire ».
Alors on me répond que tout le monde me connaît déjà comme une misérable, une brigande, une horreur et que c’est à cause de cela que l’on ne peut pas me conduire dans le monde.
J’admire surtout lorsqu’une mère crie de telles calomnies contre sa fille devant des gens presque étrangers. Je ne puis vraiment pas croire qu’elle veuille me diffamer et me perdre, c’est une fureur, une folie, une maladie quelconque qui l’égare.
Je suis presque contente d’être si malheureuse dans cela parce que cela m’autorise à prier Dieu d’avoir pitié de moi pour le reste.
Vous savez ce qu’a crié M. Georges l’autre nuit et ce qui a été entendu par le docteur, par Blanc, par tout le monde :
- Ta fille est une fille qui se traîne dans tous les mauvais lieux de Paris.
Et comme on lui fermait la bouche :
- Oui, elle se... etc. etc. Et puis il disait :
- Eh bien faites chercher la police, le commissaire constatera que vous (maman et ma tante) que vous voulez me prendre pour votre mari.
Mais entre la façon dont je le dis et dont il l’a dit il y a un abîme, c’était si hideux que je ne m’en souviens pas et même si je m’en souvenais je ne souillerais pas ma plume, sans parler de ma bouche par des atrocités aussi horribles.
Yorke et Berthe le soir.