Vendredi 25 janvier 1878

Il paraît qu’après m’être lavée la figure devant Cassagnac et les autres, je lui ai dit de se la laver aussi. C’est Dina qui me l’assure. Vous savez que rien qu’avec quelques passes il lui a enlevé sa migraine.
Berthe dit que son bras anglais ne veut pas la mener à l’Opéra. Bien je sais maintenant qu’elle y va avec lui. Je connais mes Boyd.
Cassagnac a une chambre à coucher en velours frappé rouge, éclairée par quatre lampes vissées dans les murs, un Christ au fond du lit que j’avais pris un instant pour un portrait.
Le plafond représente une... allégorie. Un amour qui abandonne plusieurs jolies femmes et se dirige vers l’Aigle. Je suis sûre, en me souvenant de plusieurs choses, que nous avons fait rater plusieurs effets au grand homme. Ce qui... la seule chose qui m’ennuie c’est que nous lui ayons laissé une mauvaise impression.
Cette façon de regarder les femmes comme des petites choses qui amusent me révolte, je suis même fâchée de le dire; si personne ne le remarquait les gens comme ça, Cassagnac poserait en vain; il faudrait faire semblant de ne pas remarquer ses airs de Balsamo ! S’il les a, assurément quelque chose les lui a donnés ?...
Je ne veux pas que Cassagnac devienne mon occupation, dans le mauvais sens du mot, et il ne le deviendra pas , parce que s’il regarde les femmes comme un vieillard regarde des enfants qui s’amusent... en prenant de temps en temps part à ces amusements et les enfants se pâment de joie. Moi je regarde ou plutôt je ne regarde les hommes et les femmes que comme une masse qui est nécessaire grâce à la façon dont le monde est organisé, nécessaire... pour avoir devant qui être quelque chose. Je ne suis rien.
Comme c’est bien chez Cassagnac ! mais je le déteste parce que je suis envieuse de ses aventures, de ses succès, de ses bêtises. Je voudrais être quelqu’un, un homme, des façons comme celles de Cassagnac.. en un mot tout ce qui charme en un homme déplaît dans la femme.
Songez seulement si une femme ouvrant un tiroir, en tirait une semelle de botte en écaille et la mesurait avec celle du Monsieur qui est en visite chez elle ! Q’un homme ait une armoire pleine de gants, de mouchoirs, de boucles de cheveux, de femmes, c’est bien, mais qu’une femme vous montre des souvenirs des hommes qu’elle a aimés mais ce serait presque dégoûtant pour peu qu’on se fasse la moindre illusion sur le compte de la nymphe.
Cassagnac a mesuré la semelle à mon pied. Mais je m’empresse d’ajouter qu’il n’a même pas laissé soupçonner l’existence des mouchoirs, boucles, gants, etc, que j’ai cités comme l’exemple le premier venu.
J’ai été vexée parce qu’il a baisé la main à Dina et à Berthe, à cette dernière le bras plutôt que la main mais toujours avec cet air digne, paternel, qui semble vous dire : oh ! Madame, rassurez-vous.