Mardi 30 janvier 1877

Je suis allée prendre mon modèle et me suis mise à peindre jusqu’au soir.
Mon modèle Olga est la plus infernale des figures. Pas un instant de calme, l’expression change à chaque minute et les yeux se livrent à des manèges incroyables.
Dans le compte rendu du dernier jour des courses on lit ces quelques lignes excessivement stupides :
Coupure de presseLe Sport (Robert Milton), compte rendu du dernier jour des Courses de Nice, janv. 1877
Dans mon dernier article j’ai parlé de deux demoiselles en blanc, dans un panier blanc traîné par des chevaux blancs; jusqu’à là j’étais donc scrupuleusement exact. C’est en disant que ces demoiselles appartenaient au monde aimable que j’ai été dans [!’] erreur. Ce que j’ignorais c’est que ces demoiselles appartiennent au meilleur monde russe (ce qui ne lui empêche pas du tout d’être aimable) et qu’elles étaient suivies par leurs parents dans un landau. Tout cela n’ôte rien à la bizarrerie de l’attelage que je continue à comparer si non à un chou à la crème du moins, à un parfait à la vanille.
Me voilà dans les journaux.
Meyssner est venu comme hier et nous avons fait des maisons de cartes. Je l’ai fait siffler puis je lui ai raconté des contes de fées, après quoi je lui ai demandé s’il était disposé à tomber amoureux de moi.
Cela le rendit confus, mais j’avais un sourire trop franc pour qu’il ne se remit pas de suite. Et nous avons ri !
C’est un “petit jeune homme” doux et timide et naïf, pas mal élevé.
Mes mères reviennent de Monaco où elles étaient avec Mme Souvoroff, on a parlé de moi. La princesse a proposé de me marier avec le comte de Doenhoff, alors ma tante lui dit fort poliment que je ne devais pas être prise pour une petite malheureuse et que j’étais la plus difficile et la plus fière des créatures.
On me demande toujours pourquoi elle est en blanc, dit la princesse.
Parce que cela lui plaît et à moi aussi, répondit ma tante.
Ensuite comme la princesse entra dans une conversation intime, ma tante avec une franchise digne de moi dit qu’elle se fichait du monde de Nice, qu’elle n’a jamais connu que le consul qui était tout près à servir et par lui les Howard : quant au reste on ne l’a jamais vu. Enfin elle dit fort bien et, du moins en apparence, elle se maintint à une hauteur fort convenable. D’ailleurs ma tante sait répondre et sa manière sévère et hardie la fait respecter.
Ah !