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Jeudi 25 janvier 1877
M de Meyssner fait plus ou moins partie de la famille.A une heure nous partons pour “l’hippodrome du Var ». Maman, ma tante, Mme Anitchkoff, Walitsky et Meyssner en landau. Quant à moi je conduis deux petits chevaux blancs, en harnais de cuir jaune, attelés dans mon panier blanc, arrivé de chez Binder et qui est réellement le plus joli petit panier possible. Dina est en blanc, à côté de moi; la couverture est en drap crème avec une plaque d’argent à initiales, [deux mots cancellés] donc on ne voit pas le bas des robes qui donneraient un air fast1 dans ce genre de couverture. Le cocher seul portait la livrée ... peut-être manquait.
Nous prenons place au quatrième rang, mais il arrive encore une grande quantité de voitures et nous nous trouvons au milieu. Je n’affronte pas les tribunes où des groupes joyeux se passent, se saluent, se mêlent.
Mes mères ragent en voyant les Howard dans une voiture voisine avec la comtesse Koutousoff et beaucoup de jeunes gens, se jetant des fleurs et riant comme il convient à des filles jeunes et heureuses. Moi, je ne rageais que d’entendre leurs remarques pleines de dépit qui ne faisaient que les abaisser et m’abaisser par conséquent, me donnant le rôle de demoiselle enviant les succès des autres. C’était laid même devant Mme Anitchkoff.
Je ne suis ni fâchée ni contente, à Nice je ne me considère seulement pas comme une femme; je vais aux Courses parce que toute la maison y va, si on n’avait pas dit : allons ! je ne bougerais pas. Je cherche l’effet parce que Je ne le cherche pas, mais parce que j’aime que tout soit élégant et joli autour de moi, je ne m’efface pas, parce que je méprise tout le monde, et ce mépris n’est pas du dépit déguisé.
Combien de fois j’ai pensé de m’habiller de marron ou de noir et me faire oublier, mais je me disais aussitôt: ça ne vaut pas la peine. Et ça ne mènerait qu’à me faire attribuer quelque saleté.
On dit : ne faites pas attention aux cancans, on parle de tout le monde, il n’y a pas de mal, c’est la chose la plus naturelle. Oh ! je le sais, seulement je ne suis pas comme les autres, (avec le temps je le serai peut-être) et ces petites infamies de tous les jours me font sauter. [Mots cancellés]
On ne voit que Galula à qui je dis en désignant ma voiture:
Et dire que cela ne me servira pas !
Pourquoi donc, Mademoiselle ?
Parce que j’entre en religion.
Ah ! oui.
Mais vraiment, on m’y invite avec insistance.
Qui donc ?
Un inconnu qui m’écrit depuis un an en lettres d’imprimerie, me vantant les joies du couvent et me dévoilant les turpitudes de ce monde. Ne connaissez-vous pas quelqu’un qui s’occupe à cela ?
Mais non Mademoiselle, mais non, je ne connais pas de commis voyageurs de cette espèce.
Mme Anitchkoff dit aussitôt que c’est la Tutcheff pour sûr. Au retour grand encombrement. Toutefois je manœuvre bien, bien qu’impatientée par les regards anxieux du landau, enfin il se présente un tas de pierres à droite, trois charrettes à gauche, précédées d’un seul charretier, la dernière de ces aimables voitures étant sans conducteur me pince entre ses roues et le tas de pierres, eh bon ! mon timon est cassé.
Un quart d’heure de raccommodage pendant que tout le monde défile devant nous. Bien heureux de l’accident qui fournit matière aux mots qu’on se jette. Dina en est rouge, moi je garde une froideur comme si rien n’était.
C’est à la Promenade que nous attend la vraie sensation. Les chevaux blancs, la voiture blanche, les dames blanches, les cheveux blonds, les lanternes reluisantes aux derniers rayons du soleil, nous avons l’air d’un bout de féerie
Occupée à guider et à conserver un air naturel et facile, je n’ai vu personne mais en revanche tout le monde m’a vue et mon nom a circulé dans la foule d’une façon étonnante, le landau me l’a dit; et puis il s’élevait sur notre passage une vraie rumeur... flatteuse je m’empresse de le dire.
Je suis née hier, on me fête aujourd’hui. Il y a quelques personnes à dîner. Pelikan, M. et Mme Anitchkoff, Mme Zurmüllen, Bihovetz, Meyssner, Collignon et Gautier.
Mme Zurmüllen est ravissante et comme il faut lorsqu’elle ne bouge pas. Mais ce soir le beau Gautier l’anime et elle devient légèrement triviale, le mouvement et les petites mignardises jurent terriblement avec son immobilité de toujours. Rien ne me déplaît comme les classes moyennes.

Vous savez que tout le monde nomme le frère de Gautier Michka, surnom qu’il doit à une dame hongroise.
J’ai à vous demander la permission de vous présenter mon frère, dit Pepino.
Michka ?
Oui, Michka, on peut ?
Mais certainement...
Nous verrons donc ce fameux.
rayé[Huit lignes cancellées]
En somme ça n’a pas été trop bête d’autant plus que la soirée s’est terminée par une promenade au clair de lune.
En janvier et après minuit le bord de la mer offre un désert fort agréable, tout comme en juillet à midi. Mme Zurmüllen rentre et les autres nous accompagnent jusqu’à notre porte. Les autres, c’est à dire Pepino et Meyssner; les vieux sont partis avant la Promenade et Collignon et Bihovetz se sont séparés de la bande à la moitié du chemin pour abréger celui qu’ils avaient à faire.
Rien ne me retient ici... Bah ! il faut jouir de ma voiture entendre Faure et ne partir que pour le carnaval.
Il n’y a pas à dire, cette année a été stupide, il faut la rayer mettre que marquant de mon calendrier.
L’effet a été considérable. Pepino en arrivant racontait à s’essouffler ce qu’on a dit au Cercle, on a trouvé cela adorable et on a dit aussi que je guidais mal.
Notes
fast: English in the original, meaning racy or too free in manner. ↩