Mercredi 24 janvier 1877

Mon jour de naissance. Le pauvre Walitsky me donne dix mètres de charmante dentelle et les Anitchkoff apportent trois superbes bouquets, après lesquelles démonstrations je m’en vais guider deux petits chevaux blancs pour voir comment ils vont, car j’ai fait venir mon panier de Paris. Dina se fatigue, alors je prends Collignon, nous rencontrons les miens trente-six fois, on va à la gare trois fois et on en ramène le panier et on le déballe au jardin, tout le monde à la fois.
Gautier étant invité pour demain vient auiourd’hui, puis Meyssner, et après dîner Pelikan, Broussais, Anitchkoff et Walitsky. Ces quatre ont été au dîner donné au London House par les anciens étudiants de l’université de Moscou. Ils sont gris tous les quatre.
Savez [vous] de quoi on a parlé, Collignon, Gautier et moi ? De Darwin, de Cuvier, de Geoffroy Saint-Hilaire. J’écoutais pour la plupart, pensant avec raison qu’il faut être sûre de ce qu’on dit avant de se risquer.
Gautier tout en étant excessivement grand et parfaitement beau, est un garçon intelligent et instruit, causeur agréable et même blagueur comme Audiffret ou Tiste du Théâtre français de Nice.
Broussais se montrait sous son plus curieux aspect, mais finit par dire des saletés et fut hué. Ensuite Gautier en réponse à ma tante qui le prétendait emprisonné par son oncle dans les profondeurs du Crédit de Nice, Gautier raconta comment il se nourrissait de souris pendant ses semaines de réclusion, et Broussais écoutait avec de grands yeux.
J’ai reçu les deux lettres que je me suis écrites l’autre jour et je les ai montrées à Gautier racontant que ces lettres étaient précédées d’une série d’autres.
La princesse Souvoroff a été chez nous.