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Lundi 30 octobre 1876 (18 octobre)
On a décidé hier qu’il faudrait faire une visite à Mme Miloradovitch. Mon père après m’avoir attendu trois jours est parti pour Gavronzi, il faudrait le rappeler, dans ce but et avec le consentement d’Alexandre, j’écris la lettre suivante :Lettre recopiée · Lettre de Marie à son père (copie), 30 octobre 1876Cher papa, Les affaires de toujours, celles que tu connais, me retiennent encore un ou deux jours à Poltava. Et [Bas de page : une ligne déchirée] j’aimerais mieux les passer avec toi qu’autrement. Je sais que tu détestes Poltava, je ne t’en aurai que plus de reconnaissance. Ta présence me sera utile, on se gênera devant toi. Ta fille qui t’aime.
Je ne l’aime pas du tout.
Vassilissa Yégorovna me fit demander pour se plaindre à moi de toutes ses infortunes, elle me montra des souliers troués, et d’autres misères. Elle pleura, j’éprouvai un malaise pesant; cette pauvre femme me faisait mal, jadis adorée, riche brillante. Elle me pria très sérieusement à grand-papa de lui donner Tchernakowska.
Qu’il fasse cela, dit-elle, et je ne demanderai plus rien au monde.
Je le crois bien, pauvre femme. Je lui promis tout, je lui dis de patienter surtout, et que je ne doutais point qu’elle n’eut satisfaction... Elle m’embrassait, me bénissait ne se sentant pas de joie .
Voilà le point de folie. Outre cela et une crédulité sans bornes, elle raisonne sainement. Je lui « prêtai » de l’argent et la laissai enchantée et me comparant à Catherine la Grande.
Qu’il est doux d’être avec les siens. Alexandre et Nadine ont l’air de m’aimer, si je les croyais je les aimerais beaucoup.
La vieille grand tante vint nous reconduire et en partant je recommandai au petit Etienne d’être bon avec elle, de lui rendre quelques petits services.
Dieu bénit les petits enfants qui sont bons envers les vieillards malheureux.
En la mettant sous la protection de cet ange, je pars un peu plus calme quant à son bien-être.
L’enfant m’aime et il se souviendra de mes paroles.
Nous trouvâmes Kousma à la gare et, pendant qu’on s’occupait des bagages, nous prîmes du thé. Marie Zankowsky et deux autres péronnelles me regardaient curieusement à travers les vitres de la salle et une d’elles vint saluer Nadine.
Il s’agit à présent de nous rendre compte de notre conduite à tenir. Mon père m’a tenue séquestrée pour me prouver que je suis venue pour le voir; il le fit par dépit, ayons l’air d’être en vérité venue pour voir un père. Puisqu’il le prend ainsi plions-nous et nous y gagnerons. Refoulons quelque part au loin le dépit que nous ressentons et faisons bonne figure. Alexandre et sa femme ne font que me conseiller “d’emmener Bashkirtseff”. Que je le voudrais !
Il paraît que dernièrement à Poltava il se produisit une presque rupture avec Michel. Mon père impatienté par je ne sais quels cancans lui dit: Tu me réduiras à te briser la tête !
Au dire de Kousma.
Il est probable que je ne reverrai plus Tchernakowka.
Longtemps j’ai erré de chambre en chambre et cela m’a été vraiment bien doux. On se moque des gens qui trouvent des souvenirs, des douceurs dans les meubles et les tableaux, qui leur disent bonjour, adieu, qui voient comme des amis dans ces morceaux de bois et d’étoffe qui à force de vous servir et d’être sous vos yeux prennent une parcelle de votre vie et semblent une partie de votre existence.
Moquez-vous ! Les sentiments les plus subtils sont le plus facilement ridiculisés. Et où la moquerie règne la suprême finesse du sentiment disparaît.