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Vendredi 20 octobre 1876 (8 octobre)
A huit heures du matin, par un temps gris, et la terre noire légèrement poudrée de neige comme la figure de Mme Boutowsky, nous sommes déjà en chasse.Michel a amené sa meute de lévriers et des rossrin. A peine aux champs, je me mis à cheval, sans me débarrasser de la pelisse que j’attachai avec ma courroie autour de ma taille. On me donna trois chiens en laisse et je me mis à la ceinture un long poignard pour plus de façon.
La gelée, la neige, les chevaux et les têtes fines des lévriers, me remplissaient de joie. Je triomphais.
Au fait ce fut une chasse médiocre, nous avons couru le lièvre, mais les chiens étant mal dressés, l’animal se sauva dans la forêt d’où les rosserin venaient de le déloger par leurs aboiements hurleurs.
Pacha, à cheval comme moi, était très aimable ce qui lui va très mal et me déconcerte... pourtant non, ces changements d’humeur ne sont pas à dédaigner, Je jetai quelques mots...
Pacha, il y a une personne qui me gêne horriblement, (rassurez-vous ce n’est pas Sophie Pavlovna Tutcheff) et cette personne... je voudrais d’une manière polie... l’exterminer.
Bien.
Vraiment ?
Essayez.
Parole d’honneur ? et vous ne direz rien ?
Parole d’honneur, rien à personne.
Je croirais, si je croyais en quoique ce soit excepté en Dieu.
Quelques mots encore furent dits, et de nature à intéresser, intriguer, inspirer une sorte de vanité, car j’ai presque usé de flatterie. Seulement, pour Dieu, ne précipitons rien !
A cause de ces quelques mots il existe à présent entre moi et l’homme vert une sorte de lien. Nous avons à nous parler bas en anglais quand Hélène n’est pas là.
Tout cela est très sérieux...
A tout ce que je dis de la Tutcheff, mon père répond que cela peut être et que, d’ailleurs, son attitude embarrassée... devant moi prouve “que le renard a du duvet de poule sur le nez” c’est-à-dire qu’elle est coupable la canaille.
Pacha voulut continuer l’aimable, mais je lui donnai mes deux mains à baiser, une poésie de Victor Hugo à lire et, comme Hélène riait je m’écriai que j’allais tout à fait intimider son fils, et je m’assis sur ses genoux. J’eus la satisfaction de le voir redevenir sombre et absent.
Je le traite en frère. Mes taquineries lui feront du bien, il sera moins sauvage.
Tuer Antonelli? Je voudrais plutôt le perdre de réputation, j’ai songé à cela et j’ai compris que pour une pareille entreprise il fallait avoir ou trente mille francs à dépenser. Ou des relations étendues, ou la possibilité de ne pas se ménager et de devenir soi-même une intrigante, de s’employer partout. Je n’ai aucune de ces trois choses. Il ne me reste que la mort à moins que... non, pas cela car, s’il m’aimait encore, je redeviendrais sa servante au lieu de lui nuire.
On verra, on verra... plus tard.