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Mercredi 13 septembre 1876 (1er sept.)
Hier nous fîmes au théâtre une de ces apparitions comme j’en ai rêvées à Nice du temps que la comtesse de Galve me semblait une déesse descendue du ciel. D’abord, moi, élégante comme toujours, et mes quatre cavaliers tous les quatre d’une parfaite distinction et cravatés de blanc. C’est bête mais ça fait de l’effet.De l’effet... devant des cochons ! Une sortie... devant personne ! Chocolat tenant le binocle, le Prince portant la traîne tout a été en vain.
Nous avons soupé dans ma chambre et mon père prit congé en me baisant l’épaule.
Et aujourd’hui... je ne sais plus ce que j’ai fait... Ah ! si, je suis allée voir Doménica et Lola, nous avons parlé de Rome; un instant je me crus au Corso au milieu des bouquets, de Bog, d’Antonelli, de celui dont on voulait enfoncer le chapeau... On me demandait ce que j’avais fait de Pietro.
- Je l’ai refusé.
Je me suis promenée avec mon père et le soir nous allâmes au théâtre, dans l’avant-scène gauche, la même qu’hier. Cette loge est exactement comme celle de Poltava, et j’eus le bonheur de voir Michel dans les coulisses, mais Michel n’osant pas parler aux actrices fraternisait avec les acteurs. Il y avait bien en face une sorte de barcaccia, et Paul qui y était allé voir une connaissance revint me répéter ce qu’il y avait entendu dire de moi. Mais ces gens-là ne m’intéressent pas, ils sont laids et je ne sais même par leurs noms.
Michel respirait derrière moi et j’étais dans une humeur si insensée que volontiers j’aurais fait un peu de coquetterie... aussi je me partageai entre le gommeux et l’homme vert. C’est ainsi que j’ai nommé Pacha à cause de la jeunesse de ses illusions.
L’homme vert, je le dis sans cérémonie, parce que j’en suis sûre, l’homme vert me regarde comme tout ce qu’il y a de mieux au monde... mais il est presque mon frère. Mais plus il est timide plus je suis insolente et Michel passe sa vie à remarquer toute sorte de choses et à en ennuyer ensuite l’autre. il l’a amené par la main, Pacha n’avait jamais baisé la main à personne, excepté sa mère, j’ai fini par lui faire baiser la mienne tous les soirs. Michel, trop heureux sans doute, n’a pas passé sous silence cette bagatelle, et Pacha devint de jour en jour plus soumis et plus honteux.
Depuis plusieurs jours déjà il veut partir et nous l’avons toujours retenu remettant son départ à notre voyage à Kharkoff. Il veut partir demain, une heure après nous. Sa mère l’attend et l’appelle.