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Mardi, 21 décembre 1875
Quel rêve ! J’ai vu Audiffret, comme l’autre rêve en été, nos joues se touchaient puis j’ai vu mon pied nu sur le genou du Surprenant. C’est mauvais signe.
J’étais en ville pour mille choses, pour mes chambres, après quoi j’étais chez maman et, au lieu de pleurer, j’ai ri, je priais de me mener au Cercle, je me mettais la figure contre le mur, je gémissais et puis me retournais en éclatant de rire. La face contre le mur, et frapper du pied sur le plancher, c’est la façon du Surprenant, c’est pour cela que ça me plaît et que je le fais.
Je suis presque jolie et à la Promenade nous voyons Audiffret. Je me suis sentie mal à l’aise en le voyant, cette chose d’hier a été stupide.
Enfin le soir grande assemblée, grande conversation. On décide d’aller à Rome, et puis si à Rome il n’y aura rien, chez mon père, car il faut en finir. Je l’exige, je le veux, je n’en peux plus.
Il va sans dire que j’attends et surtout désire cette invitation, et il va sans dire aussi que je la reçois pas. A dix heures je laisse notre assemblée, on avait assez parlé de tout et d’Audiffret en particulier, on a analysé sa conduite depuis le commencement et ma tante a dit qu’il fallait refuser alors de le connaître.
- Et à présent, s’écria Dina, Marie voudrait le connaître et on ne le pourrait plus !
- Ah ! ha ! fit ma tante, cent fois plus facilement encore, et comme il s’intéresserait, et comme il courrait, et comme, sans qu’on le lui demande, il apporterait toutes les invitations de la terre.
Et comme je suis de l’avis de ma tante. Mais ce qui est est fait est. Pouvait-on prévoir ?
Mais n’est-ce pas un devoir d’envoyer une invitation de ce cercle, lui qui en est, qui nous connaît !
Ah ! mon Dieu, laissons tout cela, je ne peux pas écrire ce soir, je ne comprends rien.
Au lieu de rentrer chez moi j’écoute à la porte de la salle à manger, et j’entends l’histoire complète de notre chute à Nice.
Mais on s’était sottement arrangé, on n’a pas fait connaissance de qui il fallait, on a connu des faquins comme les Howard, et quand je disais que ce n’étaient pas eux qui faisaient quelque chose on me répondait que je ne savais pas ce que je voulais, qu’une famille comme les Howard était tout ce qu’il fallait et tout ce qu’il y avait de mieux.
Voilà, voilà, voilà ! Ce serait navrant et trop long de faire ici le récit de tout cela.
En me décoiffant je deviens si jolie que je n’ai pas la force de quitter mon miroir avant minuit.
Ce qu’il y a de plus laid, c’est qu’Audiffret soit mêlé dans mon tourment maudit, chaque fois que je parle de mon tourment on me répond Audiffret.
Je suis fâchée, honteuse, humiliée et enragée à en crever !