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Jeudi 19 août 1875
J’ai fait un rêve affreux, je perdais une dent. Signe de mort dans la famille, et hier j’ai rêvé la même chose qu’avant la lettre de Mme Howard. Mais le rêve d’aujourd’hui me bouleverse tellement qu’à six heures et demie je vais chez maman et reste dans son lit à causer.
Qui donc va mourir ?
J’ai rêvé la même chose avant la mort de l’oncle Emile. Cette fois c’est une des dents de devant.
Je suis inquiète pour notre hiver. Comment tout cela s’arrangera-t-il ?
Vraiment je suis inquiète et tourmentée.
De loin Audiffret me paraît commun et ordinaire et je m’étonne de l’avoir trouvé autrement.
Je dis dans mon livre 29ème, page 304 - « Audiffer était là. mais il a un vilain teint et une laide peau cette fois, donc il n’a rien. Il n’existait que pour son teint. Quand je me dis, qu’il m’avait paru bien je m’étonne grandement ».-
Pauvre petite fille qui prenait le dépit et l’amour-propre blessé pour Dieu sait quoi, à Paris. J’étais exaspérée par bien des choses à Paris, Audiffer par sa conduite a mis le comble à cette exaspération.
Que je serais furieuse si on pensait autre chose. J’étais surtout enragée à Nice, je m’attendais à une victoire éclatante et je n’eus qu’une petite bêtise.
Oh ! mais j’étais furieuse. Je m’étonne comme cela se fait, je le trouve beau et je ne l’aime pas, mais pas du tout. Surtout de loin il me semble vilain.
A dîner je me trouve presque mal, je ne sais ce que c’est, la chaleur sans doute.
A trois heures nous allons à Schwalbach, bon Dieu quelle différence !
A Schwalbach on voit des êtres vivants, on se promène, on s’habille, on va à la source, plusieurs musiques, des allées charmantes, un lac, une galerie, un Kurhaus, en un mot c’est une charmante ville d’eaux. Je n’ose en dire ce que je pense, après Schlangenbad, elle me paraît un paradis et ses habitants des anges.
J’y vois la demoiselle que je nommais à Nice Madame Obeziana1 [singe] et son frère, un petit qui était souvent avec Calderon, le petit Espagnol noir.
Schwalbach me paraît un charme et j’y veux souvent aller. J’ai loué une victoria2 et deux chevaux et me promènerai partout pourvu de ne pas mourir d’ennui dans cet endroit impossible.
Je suis contente d’avoir trouvé Schwalbach.
En retournant je parle de me faire sculpter à Florence, toute nue. Vraiment c’est impossible de ne pas me faire pour la postérité, je n’ai pas le droit de laisser périr de telles beautés.
Notes
En russe dans le manuscrit ; traduction française de l’éditeur. ↩
Une victoria : voiture légère et basse à quatre roues, à capote repliable, à deux places, avec le siège du cocher à l’avant ; elle était à la mode pour les promenades dans les années 1870. ↩