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Vendredi 20 août 1875
A huit heures je vais avec Machenka à Schwalbach, nous donnons sa robe à faire et retournons à douze heures. J’avais une détestable voiture mais je viens d’en louer une tout à fait jolie et élégante. Il pleut et nous ne pouvons nous promener, mais Diadia arrive de Wiesbaden et cet homme spirituel et comme il faut nous fait passer plusieurs heures très agréablement. Il veut nous emmener à Wiesbaden mais la pluie empêche.
Le prince et sa femme font un curieux ménage, il la déteste après cinq ans de mariage, la pauvre petite est très malade et dégoûtante avec ses tendresses.
Encore une lettre de ma tante: « Dites à Marie que Girofla a vendu une terre et a acheté quatre chevaux noirs magnifiques pour la saison, il va faire le beau ».
C’est drôle cette nouvelle me bouleverse. Elle me fait penser aux chevaux que nous devons acheter, à l’organisation de ma maison à Florence, à toutes ces choses qui me tourmentent.
J’étais refroidie pour le beau Niçois mais l’imaginant en magnifique équipage avec ces chevaux, il m’intéresse de nouveau.
Plus il sera élégant plus je le voudrai. Vaine fille, l’entourage est beaucoup pour moi.
S’il allait à pied sans chic aucun, je ne saurais pas seulement qu’il existe. Mais il a un superbe château, il fait de l’excentricité, il a des chevaux et je suis prête à courir après lui de nouveau.
Je désire son arrivée à présent, pas comme homme mais comme une personne qui a de beaux chevaux.
Mais il ne viendra pas, l’animal !
Je désire beaucoup lui plaire, je rage de n’en être pas aimée.
Ah ! si je l’avais comme le Polonais ! Mais non, il ne m’est pas donné d’avoir ce que je désire. Je passe ma vie à désirer, à ne pas avoir ce que je désire. Je ne puis dire combien je serais enchantée si cela se faisait ! Mais ce monstre Niçois ne pense pas à moi, il est comme moi, il veut ce que je veux, il traite les femmes comme je veux traiter les hommes.
La faux a rencontré la pierre.1 Jamais ce proverbe ne pouvait être si bien appliqué.
Je continue à prendre ces bains de beauté2 et deviens encore plus blanche si c’est possible.
Notes
En russe dans le manuscrit ; traduction française de l’éditeur. ↩
Marie séjourne à Schlangenbad, dont les eaux tièdes et douces passaient pour adoucir et embellir la peau ; la station était très fréquentée par les femmes. ↩