❦
Lundi 9 août 1875
Ma tante m’envoie cinq cents francs par mandat, je n’ai aucun papier sur moi prouvant mon identité, et demain il me faudra aller chez le commissaire avec la maîtresse de l’hôtel. Quelle saleté ! Ce commissaire donnera un certificat et j’irai recevoir mon argent. Toute cette affaire de poste nous fait retarder pour le Bois, mais elle me fait passer par le vieux Paris, les rues de la Jussienne, du Coq Héron, etc. etc. Je les revois comme des vieilles connaissances, c’est dans ces rues que se passent les évènements des romans de Dumas, des bons romans.Nous allons au Bois quand la plupart du monde en retourne. Et pas d’Audiffret - me dit Machenka.
C’est vrai, on ne le voit plus, il est sans doute parti.
Je ne sais pourquoi ce voyage en Allemagne me déplaît tant. J’aimerais mieux retourner à Nice.
Ni plaisir, ni utilité ! Ah ! si je pouvais ne pas y aller. Je le puis, mais ce serait renverser les plans de tout le monde.
Et puis ma mère s’attend à me voir. Le plaisir de me trouver près d’elle me console un peu.
Je déteste faire les choses sans but. Pour me tranquilliser je dis que le but de ce voyage est de faire plaisir à ma mère.
Girofla est parti, comme cela je suis tranquille. J’étais très vexée de son indifférence.
Je crois cependant qu’il ne pouvait pas venir, je suis seule ici, il ne connaît pas Stiopa et sa femme.
Voyez quelle lâche je suis ! Je veux l’excuser, je veux me leurrer d’une fausse idée !
Je lis mon vieux journal et je trouve: Audiffret me paraît un excellent garçon. Jamais je ne le remarquais mais, depuis ses paris et la Gioia je le remarque. Je voudrais le connaître, il me plaît beaucoup.
J’y trouve aussi combien je m’occupais de Lambertye, de ce vieux singe. Mon journal me paraît ennuyeux, je voudrais vite passer Wittgenstein et Lambertye et arriver à Terffidua. Le bruit des voitures m’énerve !
Ferry vient de m’envoyer des chaussures si ravissantes que c’est surprenant.