Mardi 10 août 1875

Je dis le 18 mars 1874 que je m’occupe de Fedus parce qu’il n’y a personne, il est tout de même mieux qu’Emile d’Audiffret et je ne puis vivre sans au moins une imaginaire bêtise.
Mais voilà que je pense que Lambertye se marie et je commence Emile: - Je voulus voir plusieurs fois Emile qui copie tant le duc etc. etc. etc. puis plus loin. A force de le copier il deviendra quelque chose. Tout chez lui vient de ce sublime modèle et en vérité ça ne fait pas mal.
Voyez comment cela a commencé.
Le matin vient ma nouvelle femme de chambre, Helen Kefe, une petite Anglaise, âgée de quarante ans, souriante et serviable.
Le landau vient et nous allons en ville chez tous ces gens qui travaillent à m’embellir.
Robe blanc-jaune, crème, comme dit Laferrière et un chapeau de paille d’Italie, tout couvert de plumes blanches placées le plus galamment du monde, et relevé derrière par une boule de muguets.
Ce chapeau ravissant par lui-même me va à ravir. Ainsi nous allons au Bois, juste à temps. Il y a foule, mais pour la plupart des hommes et des cocottes, pendant que je m’étudiais à ne pas avoir une stupide figure, à force de voir tant de monde et de toilettes, j’aperçois deux chevaux noirs et une livrée bien connues.
Vers moi venait la créature belle. Vêtue de blanc ... Mais que vois-je, de dorés ses cheveux sont devenus roux foncés, de cette belle teinte marron qu’ils ont sur son portrait à sa villa. Cela lui va très bien. Elle est di bianco vestita comme je l’ai dit, de ce blanc crème comme moi. Elle a la plus belle voiture et le plus riche attelage.
Elle apparaît comme une étoile et fait un tour seulement.
A la vue de son élégance je suis prise d’une secrète envie, et Stiopa récite les vers de Nekrassoff on ne peut plus à propos, de sorte que je frissonne à la vérité et beauté de ces vers.
J’aime cette femme. Comme Hamilton est le seul homme, elle est la seule femme pour moi. Hamilton, elle et moi: : rien au-delà.
Otez son entourage son chic comme dirait Fiouloulou et la moitié d’elle s’en ira. Personne qu’elle et moi ne sait, si bien porter la toilette, personne n’a autant de chic, comme dirait Fiouloulou, mot vulgaire mais terriblement expressif
J’ai un penchant irrésistible vers Amélie Gioia. Il faut lui parler, à la première occasion je lui parlerai. Il y aura quelque chose entre nous, mon génie me le dit.
J’étais regardée. Rothschild, Adolphe était là, celui qui, il y a deux ans à Nice, s’arrêtait tout court et me regardait en plein, alors que j’étais petite fille encore.
J’étais très gentille, personne de mon âge ne s’habillait comme moi et j’attirais les regards de tout le monde à la Promenade des Anglais. Surtout, la première année après la guerre, l’hiver 1871-1872, j’avais douze à treize ans, je portais un costume de velours noir, un chapeau et des bottines pareils, les cheveux dorés sur les épaules, et un autre costume de cachemire bleu et gris. J’étais une ravissante enfant. Surtout en noir j’avais l’air d’une gravure anglaise.
Danis m’a parlé de ces costumes et de ma coquetterie d’alors. Je l’étais encore plus que maintenant et, en une si jeune enfant, c’était merveilleux.
Cette Gioia m’a bouleversée, j’ai terriblement envie de rester, mais j’ai tout dépensé il faut partir et laisser là toutes ces beautés, Gioia, Paris et tout.
Ce qui me plaît et me rassure c’est que Gioia est pour moi tout aussi attrayante qu’Audiffer. J’avais envie de rester pour lui, j’ai envie de rester pour elle.
C’est on ne peut plus rassurant et cela prouve que le Niçois ne m’est pas ce qu’on a pu croire. Les hommes élégants, les femmes comme Centifolia, les équipages et les chevaux, les meubles et tout cela m’occupe de la même manière.
Un seul m’occupe comme homme.