Dimanche 27 juin 1875

Je me lève à huit heures de bonne heure pour un dimanche, et je me mets à l’instant à écrire que je voudrais aller me promener au jardin mais qu’il fait chaud et que cela m’ennuie.
Je lis mon journal livre 15ème. Mais c’est au premier que je retourne sans cesse, il me semble toujours nouveau, il ne me semble jamais l’avoir lu assez. Mais il est si mal griffonné qu’on déchiffre avec peine. Je vais le copier proprement. Jamais je n’aurai assez dit le temps où je le voyais et chaque fois que passe à un autre livre il me semble que je n’ai pas bien lu le premier.
en travers
C’est du duc que je parle, on dirait du Surprenant.
Mmes Sapogenikoff, de Mouzay, Bashkirtseff et Romanoff s’en vont à Monte-Carlo et nous leurs filles allons à la musique.
De Daillens se fait aussi jeune que nous et on rit comme lorsque Girofla n’était pas encore présenté. Fiouloulou et Enotëas viennent près de nous. Je donne un sou au premier pour qu’il dise son nom de cet air qu’il sait, et il va attacher ce sou à sa chaîne. Sans le vouloir j’ai fait une chose très utile. Audiffret verra que je ne le distingue pas. D’ailleurs je ne le lui ai pas donné, c’est lui qui l’a demandé. C’est un homme malicieux et rusé et il faut avec lui être sur ses gardes.
Nous rentrons et après dîner rédigeons la lettre suivante:
Monsieur, Veuillez je vous prie insérer dans vos annonces de jeudi prochain, l’annonce suivante: On demande des jeunes gens séduisants et comme il faut, à Nice. Je compte Monsieur sur votre exactitude car cette annonce ne souffre aucun retard.
J’ai l’honneur de vous saluer Monsieur, une dame de Nice.
enveloppe: A Monsieur le rédacteur en chef du Figaro, rue Drouot 26 Paris
Cela fera rire. Mais je ne serai pas fâchée si les jeunes gens séduisants et comme il faut le prenaient au sérieux. Bigre, je voudrais beaucoup qu’ils le prissent au sérieux.
J’ai rêvé que Fiouloulou, l’indigne clerc de notaire, me faisait une déclaration d’amour, c’est affreux.