Samedi, 2 janvier 1875

Chaque jour mon tourment augmente, je ne vais pas encore à Paris !
J’ai marché avec Sabatini (robe blanche, pardessus damassé blanc brodé d’or, bien). Il n’y a pas une âme à laquelle on puisse faire attention, d’Audiffret a enlaidi beaucoup depuis deux mois et puis qu’est-ce qu’Audiffret ?
Je trouve Mlle de Galve bien vieillie mais toujours gentille. Quel âge peut-elle avoir ? mettons vingt-trois ans.
J’ai raconté au peu de personnes que je connais l’histoire de l’Italien.
Le soir à l’Opéra « Roméo et Juliette » de Bellini au bénéfice de Dory, éclairage à giorno (robe blanche, coiffure ma avec la moitié et l’autre moitié) voilà ! Je me trouve bien vieille et laide mais n’importe c’est pour la coiffure seulement. En un mot j’étais bien coiffée. Cet horrible dessin représente une robe de mousseline blanche, les manches et le haut du corsage de valenciennes en entre-deux. Je suis contente de moi ce soir. En même temps que nous, entrent Mme de Galve, sa belle-fille, toutes deux en blanc.
Le théâtre est bien éclairé vraiment et le monde est élégant mais il y en a peu. Les Galve sont au deuxième rang, vis-à-vis de nous, à côté Audiffret le jeune, puis le vieux, en bas des inconnus et Saëtone avec celui que ma tante appelle Constantin qui est aussi Constantin que moi d’Aspremont. Foster est avec nous.
Quand Galula vient chez nous ma tante lui demanda qui est ce monsieur.
— C’est M. Danis, un jeune homme de Nice.
— Miserere ! Ce n’est que M. Danis, mais il n’est pas marié.
La salle a l’air élégant et gai. Au-dessus de nous la Prodgers.
M. de Mauldre nous vient voir vers le fin et nous accompagne jusqu’à la voiture.

Notes

En russe dans le manuscrit ; traduction française de l’éditeur. ↩
Bellini n’a écrit aucun opéra de ce titre : Marie veut parler des Capuleti e i Montecchi (Venise, 1830), son opéra sur l’histoire de Roméo et Juliette. ↩