Vendredi, 1 janvier 1875

Nouvel an ! Mon Dieu étendez sur moi votre protection pour cette année qui vient et recevez mes humbles remerciements pour vos bienfaits pendant celle qui vient de s’écouler.
Le fou Gambart ou l’imbécile Gambart, ou le mal élevé Gambart, ou l’impertinent Gambart est venu pendant que je prenais mon thé de matin, il demanda comment allait maman et quand je lui dis qu’elle était malade, il n’entra pas dans la maison mais resta quelques minutes au jardin, fut très aimable et promit de revenir nous souhaiter la bonne année, dans douze jours, le 1er janvier russe.
Je ne comprends pas cet homme, après avoir été plus qu’aimable, plus qu’empressé à Spa, à Paris, à Nice, après quelques jours, il devient froid, donne des matinées sans nous inviter et voilà qu’il revient encore et diable sait pourquoi.
Maman va un peu mieux, profite de ce petit mieux et court à Monte-Carlo avec ma tante et Walitsky. Je me promène avec Dina (robe blanche) et envoie à Foster un bouquet et à de Mouzay et sa fille deux bouquets. [Note de l’éd. : ici un dessin de Marie dans le journal.]
Dessin à la plume d'une jeune femme debout, de profil, cheveux relevés, en robe à corsage ajusté et jupe drapée, un ruban à la main
Jeune femme en robe, de profil Mon Journal, t. 4 (fac-similé) — tome04.docx image 27 (après ¶3822)
J’expédiai aussi deux lettres en Russie une pour l’oncle Etienne, l’autre pour l’oncle Alexandre, la première traite de mon voyage en Russie (pour louer les terres car l’oncle Alexandre n’envoie pas les revenus), la deuxième a pour but d’adoucir Alexandre (car je lui ai écrit une lettre assez franche en le priant de m’envoyer mon argenterie), de me le concilier et de paraître bonne et aimante envers lui; c’est un méchant homme, quelquefois, et pourrait me faire du mal en attendant j’ai besoin de cela, je pense à la délicatesse de mon message en allant en Russie car ce voyage a pour but de lui enlever le gouvernement des biens de ma tante et de les louer, faisant en sorte que les gens à qui ces biens seraient loués n’envoyassent l’argent qu’à ma tante sans passer par les mains de mon oncle et de son frère.
Il y avait une grande quantité de monde, tous étaient dehors même de Constantin qu’on ne voit jamais.
J’ai retenu une loge pour demain [au] bénéfice de la bonne chanteuse Dory.
Le soir j’ai écouté papa, il adore raconter et j’apprends souvent de lui beaucoup de choses d’histoire et de littérature russes.