Mercredi, 30 décembre 1874

J’étais seule en voiture avec Dina, le nauséabond Italien passait, il me regarda droit et avec effronterie, je le regardais avec mépris et me tournant à peine vers Dina : Une ordure, dis-je en curling the lip, s’il n’a ni entendu ni compris il a vu et compris le geste. Que le diable emporte cet homme.
Voilà la première personne que je déteste et dont je voudrais mi vendicar’, mi vendicar’, comme dit Dary dans le « Trovatore », c’est naturel, l’insulte est personnelle.
Je suis malheureuse !
On ne finit pas avec les questions et je ne vais pas à Paris, je n’ai rien à mettre.
Ah ! mon Dieu !
Mais excepté cela, quand j’irai à Paris je veux Laferrière et pas Worth, jamais Worth n’habillera comme elle !
Et je suis tourmentée par cela, c’est que sans robes je ne suis rien.
Quand je ne me sens pas parfaitement habillée je ne suis bonne à rien, je ne puis ni étudier, ni m’amuser, ni penser, ni vivre. Manque d’habits, c’est manque de tout, et je les regarde comme une partie indispensable du corps et non comme une vanité.
Oh ! mon Dieu faites nous aller à Paris, dans moins d’un mois sont les courses, je n’aurai rien à mettre et sans les courses même je ne puis vivre, sans habits je suis comme écorchée, comme si on m’avait ôté la peau.
Il faut prendre garde maintenant, je ne veux pas risquer de sortir avec Victor sans un monsieur, ce brigand est non pas brigand, brigand est un joli nom, mais faquin, ce faquin est capable de me faire des impertinences ! O rabbia, O vendetta !
Est-ce que Blackprince ferait la même chose à la place de ce misérable ? Voilà la question que je me pose depuis le premier moment. Et ma foi dans l’ébahissement où je me trouve je crois que oui et je me désole.
Ce qui me révolte au suprême degré, c’est ce manque d’égard pour moi femme.
Et moi qui me croyais inviolable ! Il est vrai que je ne savais pas qu’il y a des misérables comme ça.

Notes

En russe dans le manuscrit ; traduction française de l’éditeur. ↩