Jeudi, 19 novembre 1874 J'ai écrit à Foster pour le prier de me chercher un cheval. Je ne veux pas monter des chevaux loués quand ces jambons Howard montent leurs chevaux et sont accompagnés d'un groom. J'ai un chapeau de feutre à larges bords, qu'on nomme chapeau Mademoiselle, il me va bien, mais avec les robes courtes, de petits chapeaux valent mieux. Il y a du monde autour du jardin public et aussi au Détroit des Mouches mais rien de comme il faut. Au bout du compte je déteste Nice, fi la vilaine ville, le vilain monde ! Et cependant, si on voyait comme j'ai pleuré amèrement hier avant de m'endormir ! Il y a de quoi. Ah ! que c'est affreux de vivre comme nous vivons ! Mon Dieu, Mon Dieu si l'on savait comme je bous intérieurement, comme mon cœur se serre, combien de fois les larmes me montent jusqu'au gosier et m'étouffent. Et il y a des gens qui se disent Espagnols, non ce n'est pas cela que je voulais dire ! Il y a des gens qui oseront se moquer de moi, et considéreront tous ces chagrins ridicules... Les misérables ! pour qu'ils me croient, qu'ils éprouvent ce que j'éprouve. Ah ! pour qui a de l'amour-propre une position comme la nôtre, oh non, je ne la souhaite à personne, à personne, car Dieu sachant que je sais quel horrible tourment et constante humiliation c'est, me punirait. Et pourquoi est-ce ainsi, mon Dieu ! il n'y a rien que ce maudit procès rien d'autre, mais ce n'est pas un crime. Pourquoi chacun tend plutôt à nous éviter. Aujourd'hui en passant par le quai Masséna, j'ai éprouvé une des plus cruelles douleurs de ma vie, en vérité les deux Seignettes, ces espèces de parvenus, passaient, maman les a rencontrés souvent chez Mme Howard, et bien elle les regarda et sourit pour saluer mais ces horreurs fixèrent leurs yeux devant eux et ne regardèrent pas, alors maman, me craignant, voulut dissimuler son salut et continua un sourire [Rayé: comme s'il était naturel] forcé et pitoyable ayant l'air de regarder les boutiques. Je la fixai voyant avec douleur cette crainte de moi, cette humiliation, car souvent je viens déplorer devant elle mes malheurs et elle prend ces plaintes pour des reproches, sent, tout à la vérité, de ce que je dis car elle le dirait elle-même, souffre plus que moi, car elle souffre parce que je souffre et me craint comme le feu dans ces occasions. Je regardais ce sourire qui me déchirait l'âme et mon cœur se gonflait de tout ce qu'il y a d'atroce dans ce monde ! Enfin j'ai poussé une espèce de soupir qui ressemblait plutôt à un rugissement, et avec laquelle sortit tant de rage comprimée depuis plusieurs minutes, tant de fureur, tant de méchanceté si che [illisible] che l'aer ne temere. O misera me. Ora capisco furore che descrivono nei libri ! Capisco tutto ciò che credevo varie e gonfiate parole, capisco e provo. O Dio ! Zoé a passé la soirée chez nous avec son père. Nina est allée à Genève et Pâris a déménagé chez nous.