Vendredi, 20 novembre 1874 Je sors une demi-heure seulement, à quoi bon, miséricorde, puisqu'il n'y a personne. La comtesse Merjeewsky était chez nous. Je suis si froide avec le comte qu'il comprend, il part dimanche je crois. Je ne lui ai jamais adressé la parole ici. Je ne puis m'expliquer ces aversions étranges. Souvent, du premier moment je me mets à détester quelqu'un pour rien, seulement parce que je ne puis voir sa figure. Il y a plusieurs personnes pour lesquelles j'éprouve cette aversion, ici à Nice, que je ne connais pas, (je ne connais personne d'ailleurs) et que je vois seulement en passant. Eh bien c'est une aversion pareille que j'éprouve pour ce comte [Rayé: depuis le] quatre jours après avoir fait sa connaissance à Spa, c'est-à-dire depuis le jour où j'ai dit "le petit Polonais me dégoûte" mais pour lui au plus haut degré, de sorte qu'en entendant parler de lui je perds l'appétit et quand Walitsky se met à le contrefaire je deviens si stizzata, énervée que je pleure et voudrais m'arracher les cheveux de dépit, de colère. Depuis qu'il est arrivé Walitsky l'imite souvent, surtout à dîner, alors je deviens furieuse, me couvre la figure des deux mains et je voudrais la broyer ! Alors il a dit: — Trifon, quand viendra l'homme plus grand qu'un palmier, mets-le dehors, alors je souris mais je me cache la face pour ne pas perdre ma dignité. Il y a des moments où je ne veux ni lire, ni écrire, ni jouer, ni manger parce que je pense que cet homme fait cela. Tant il m'est odieux que je ne voudrais pas respirer le même air que lui ! Je voudrais qu'il s'en aille à la lune pour ne pas habiter la même planète que cet être.